32. Au travail!

Election à la présidence de DéFI – Discours du 1er décembre – Bruxelles

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

On a beau être supposé être capable de prononcer des discours, il est certaines occasions où l’émotion est forte et submerge. Je crois que je n’aurais jamais imaginé m’adresser à vous aujourd’hui.

Je suis infiniment reconnaissant de l’honneur que vous venez de me faire. Du risque que vous venez de prendre. La manière dont s’est menée cette campagne est symptomatique de ce que nous sommes. Oui, je viens d’arriver, d’accord. Oui, il n’y a qu’un an que je suis parmi vous. Et pourtant personne ne m’en a fait grief. Personne n’y a vu un problème. Je vous remercie pour votre confiance. Elle est forte, inouïe. Elle engage aussi.

Ce qui m’a toujours séduit chez DéFI, c’est l’impression d’avoir été accueilli dans une famille.

Dans une famille, une fois que vous êtes accueilli, on ne vous demande pas d’où vous venez, depuis combien de temps vous êtes là. Tout de suite, j’ai été accueilli avec générosité. Je pourrais parler d’Olivier, de Bernard, de Didier, de Michel, de Sophie, ou encore de Joëlle, de Manu, de Pascal ou de Michaël. Mais je pense aussi à Gisele, Shadi, Kenny, Christophe, Carine, Mélanie, Charles, Arsim, Rachid, Sarah, et tant d’autres militants sans mandat ni emploi pour DéfI, qui sont nombreux à faire bouger ce parti, et sans lesquels nous ne serions rien. J’ai été touché par le fait que vous veniez vers moi, me preniez en charge. Mes amis, cette journée, cette victoire sont aussi les vôtres.

Je pense à tous les militants qui ont fait confiance. Je pense à celles et ceux qui m’ont poussé, porté, soutenu depuis le début de cette aventure. Ma famille, ma compagne aussi, qui accepte tout ceci avec sa part de contraintes et d’obligations.

Je veux d’abord féliciter mes trois concurrents. Nous avons parcouru Bruxelles et la Wallonie durant un bon mois, ensemble. Nous avons mené un débat de bon niveau, bienveillant et convivial. Et nous avons appris à nous connaître.

Bravo à Julie, qui a porté la voix des femmes et de ses combats, parce que sans elle ce sujet n’aurait pas été abordé. Elle nous rappelle combien, même dans le premier parti à avoir élu une femme comme présidente, nous les hommes devrons aider, promouvoir nos collègues et leur laisser non pas « de » la place, mais leur juste place.

Bravo à Jean-Claude, qui a porté haut la devise des Ardennais « résiste et mords », qui a imposé à nos débats non seulement la courbe de Gauss, Jean-Louis Trintignant et la pyramide des talents, mais surtout les enjeux de la ruralité encore trop lointains de Bruxelles. Il a, avec courage et détermination animé cette campagne et mis en valeur l’ancrage wallon de notre parti.

Et puis, bien sûr à Christophe pour sa campagne, digne, solide et respectueuse, pour les valeurs de rigueur, de bonne gestion et d’ouverture qu’il a portées. Des compétences et un engagement qui seront nécessaires à l’avenir du parti. Parmi les trois phrases les plus entendues dans cette campagne, il y a celle-ci : « vous êtes complémentaires, vous devriez présider ensemble ». Eh bien, Christophe, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse : oui, j’ai besoin de toi, et le parti a besoin de toi. Aujourd’hui encore plus qu’hier, aucun président ne peut s’en sortir seul. Nous aurons besoin de toutes nos forces pour affronter les années qui viennent. J’ai trouvé certaines de tes idées meilleures que les miennes. Pas toutes, mais certaines. Et j’espère que nous pourrons les concrétiser ensemble.

L’un des leitmotivs de cette campagne, de la part des médias, c’est de nous demander : de quoi DéFI est-il le nom ? Quel est l’ADN de notre parti ? Avons-nous perdu notre âme de défenseurs des francophones en devenant DéFI ? Notre ligne est-elle réellement visible ?

Oui, nous sommes toujours francophones. Mais mieux que ça ; nous sommes les seuls à nous battre encore pour leurs droits là où ils sont mis en danger, comme en périphérie. Non, nous ne renonçons pas à réclamer le droit, pour les habitants des communes à facilités, de décider de leur sort. Non, plus largement, nous n’abandonnerons pas les francophones du Brabant lâchés par la sixième réforme de l’État.

Mais la juste question à poser est : comment assurer le mieux les droits et l’avenir des francophones demain ? Comme j’ai eu l’occasion de le dire, je pense que la meilleure manière de défendre les francophones est de sauver ce pays que nous aimons. C’est cela, la force d’avoir osé nommé DéFI avec le « F » de fédéralisme. Parce que c’est là, en Belgique, que les francophones veulent vivre. Ils ne veulent pas vivre en République flamande. Mais ils ne veulent pas non plus vivre dans un État Wallonie-Bruxelles constitué en réaction et en dépit face à la victoire supposée inéluctable du nationalisme flamand. Les francophones méritent de vivre en paix dans un pays stabilisé, sans avoir à négocier une réforme de l’État communautaire tous les cinq ans parce qu’une classe politique nationaliste fait carrière sur le dépècement progressif de ce pays. Ayons le cran de l’affirmer, sereinement et fermement.

Nous arrivons au point de rupture : non, nous ne diviserons pas les compétences régaliennes ou la sécurité sociale. L’heure est à l’efficacité. L’heure de renverser le sens des réformes et à investir dans l’État fédéral. L’heure d’enfin évaluer les réformes de l’État. Qu’on nous explique en quoi les gens vivent mieux parce qu’on a divisé les allocations familiales en trois. Qu’on nous explique comment nous parviendrons à lutter contre le réchauffement climatique avec quatre ministres du climat, qui ne parviennent même pas à s’accorder avant un conseil européen. Qu’on nous explique en quoi il est si formidable, pour le bien-être de nos citoyens, d’avoir six ministres compétents pour la prévention de la santé. Qu’on daigne voir que les compétences sont si éparpillées aujourd’hui, avec un tel niveau d’inefficacité, que nous sommes incapables de terminer un RER ou de construire un stade national. Que nous serions incapables d’accomplir le moindre projet d’envergure, telle une Exposition universelle. Cela suffit.

Il est temps de stopper ce nationalisme fou et de lui opposer la raison et la bonne gestion. Nous devons, mes amis, fédérer et convaincre encore quelques francophones ; en particulier ceux qui visiblement sont toujours prisonniers de la Suédoise, ceux qui souffrent toujours du syndrome de Stockholm, au point de continuer à vouloir faire gouverner mes nationalistes, après s’être pourtant fait piétiner consciencieusement durant 4 ans. Mais nous devons aussi aider les démocrates flamands. Je le dis une fois encore : notre ennemi n’est ni la Flandre, ni les Flamands. Notre seul ennemi c’est le nationalisme. Et nous devrons donc, plus qu’avant, parler, échanger avec nos amis du Nord, nouer des partenariats, faire fonctionner ce pays. Les flamands veulent un pays qui fonctionne. Les francophones aussi.

Nous avons montré, avec Sophie Rohonyi, que deux députés pouvaient suffire à animer un parlement et à faire la différence. Nous sommes là, nous faisons partie de la représentation nationale, et cela suffit pour apporter des solutions. Nous y consacrerons toute notre énergie et nos idées afin de contribuer à sortir ce pays de la crise. Il y a trop d’enjeux : le refinancement de la justice, une politique migratoire humaine et juste, la bataille de l’emploi et un déficit à plusieurs milliards. Il n’est plus temps d’attendre.

Oui, nous sommes des libéraux-sociaux. Ou des sociaux-libéraux, comme dirait Christophe. Nous n’avons pas besoin de créer de courant libéral et progressiste au sein de notre parti, parce que libéraux et progressistes, nous le sommes tous. Nous n’avons pas besoin de construire une chapelle, un refuge pour nos progressistes, parce qu’il n’y a pas, chez nous, de courant droitier et conservateur qui les domine et les submerge. Nous devons, demain, être « le » parti de l’émancipation et de la réussite sociale.

Oui, nous portions une écologie qui assume le libre marché et investi dans les nouvelles technologies. Une transition écologique à la fois déterminée et pragmatique. Une écologie qui n’a pas peur des mots « économie de marché », « laïcité » ou tout simplement « métro ».

Oui, nous sommes laïcs. Pas simplement demandeurs de neutralité, comme d’autres, mais bel et bien de laïcité. Une laïcité qui organise et apaise. Une laïcité qui permet aux croyants et non-croyants de vivre-ensemble. Une laïcité qui ne se réduit pas à autoriser ceci ou à interdire cela, mais qui prône à la fois le respect, la mixité, le mélange. Une laïcité, aussi, qui doit être portée constamment avec la lutte contre les discriminations dont souffrent nos concitoyens en raison d’une origine, d’une couleur de peau, ou de tout autre critère.

Nous pouvons regarder le chemin accompli avec une vraie fierté. Nous sommes aujourd’hui un parti généraliste ; et cela c’est la réussite d’une équipe, mais c’est la volonté d’un homme, et cet homme je veux le remercier publiquement : parmi les trois phrases que j’ai le plus entendues dans cette campagne, il y a celle-ci- : « Jeune homme, personne ne remplace Olivier Maingain. Au mieux, on lui succède ». C’est vrai. Et si tu as tant marqué tes troupes, Olivier, c’est que bien sûr, il en a fallu, du courage, tout au long de l’histoire de DéFI et du FDF. Mais le courage de partir au risque de tout perdre ; le courage de dire non, alors que tant de voix vous pressent de dire oui ; ce courage-là, il est beau, et l’aurait été même si le pari avait été perdu. Parce qu’il s’agit de choisir entre risquer de perdre, ou se perdre à coup sûr. Cher Olivier, je ne veux pas te flatter, parce qu’on va jaser et qu’après que certains se soient demandé si j’étais ton candidat, je ne voudrais pas que les mêmes se disent que tu écris mes discours ; mais je n’ai aucune honte à le dire : c’est le même courage de fermeté que j’ai pu voir lors de la crise des Soudanais, et qui m’a convaincu de faire un pas vers DéFI. Le même courage qui fait l’ADN de notre parti. Et si tu en as tenu la barre 25 ans, ce n’est pas à cause de ton talent oratoire, ce n’est pas à cause de la justesse de tes analyses, c’est grâce à ce courage-là.

Et c’est cela qui doit nous inspirer. Je l’ai dit, martelé durant cette campagne : notre ADN c’est d’être des pionniers. C’est d’oser être d’avant-garde. C’est une forme de courage.

Depuis 1964, dix fois on a annoncé la mort de ce parti. Et à chaque fois, pourtant, nous avons su nous réinventer.

Voici, chers amis, ce que je voudrais pour DéFI durant les trois années à venir.

Je voudrais que nous soyons fiers de porter les valeurs du libéralisme. Le vrai. Celui des Lumières et des droits fondamentaux. Ce libéralisme qui refuse toute concession, toute collaboration avec le nationalisme. Celui qui mobilise le travail, émancipe tout un chacun, lutte contre la pauvreté et la précarité.

Je voudrais un parti fort, et d’avant-garde. Je voudrais que les idées géniales qui animent la société de demain viennent de chez nous. Je veux que nous soyons à nouveau des précurseurs. Les chantiers de l’époque nous le permettent : réinventer la démocratie, réussir la transition écologique, réussir le défi de l’emploi et de la formation, éradiquer la pauvreté… Il faudra de toute façon de nouvelles solutions à ces problèmes. Les autres partis ne sont pas plus avancés que nous pour les trouver. Nous, nous avons des valeurs, des convictions, des militants. Nous avons l’oreille de la société civile. Nous pouvons porter la synthèse.

Je voudrais que nous dépassions nos individualismes. Que nos campagnes soient un peu moins une sorte de concours entre quelques candidats sur une même liste, comme si nous étions les bénéficiaires d’une rente à se diviser ; mais réellement un combat de tous contre les autres partis. Je voudrais qu’il y ait un peu moins de « Qu’est-ce que DéFI peut faire pour moi ? » et un peu plus de « Qu’est-ce que je peux faire pour DéFI ? ».

Je voudrais que la politique soit un modèle de bienveillance. Nous avons donné un bel exemple durant cette campagne, même la presse l’a reconnu. Je voudrais que nous partagions un tel état d’esprit partout. Mes amis, soyez durs sur les idées. Soyez fermes sur les principes. Soyez même impitoyables face aux compromissions. Mais soyez toujours respectueux des personnes. En toutes circonstances. La politique, c’est dur. C’est exigeant. C’est parfois mesquin. C’est souvent frustrant. Nous ne sommes jamais que des femmes et des hommes. Mais restons corrects, courtois, toujours. Rappelez-vous que même le pire de vos adversaires a une mère, un conjoint, des enfants qui souffrent pour lui.

Je voudrais que nous portions notre voix haut et fort partout en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles, et qu’il n’y a qu’un seul DéFI. Nous poursuivrons notre ancrage en Wallonie, nous sortirons de nos bastions à Bruxelles, nous réinvestirons en Flandre. Nous continuerons

Mes amis,

Je vais être franc avec vous : le plus dur est devant nous.

Jamais la société n’a été aussi divisée.

Jamais ce pays n’a connu une crise aussi dure – car, ayons le courage de le dire, oui, madame la Première Ministre, ceci est bel et bien une crise. Si nous ne parvenons pas à former un gouvernement fédéral, si la crise actuelle se traduit par un retour aux urnes, nous mettrons en danger l’avenir du pays.

Jamais les enjeux globaux comme le climat et la migration n’ont mobilisé autant de besoins de politique.

Jamais la précarité n’avait été aussi menaçante pour l’équilibre de notre pays.

Notre époque ne ressemble à aucune autre époque.

Mais notre parti ne ressemble à aucun autre parti.

Nous pouvons changer cette société. Mieux que personne, nous pouvons rassembler. Rassembler toutes celles, tous ceux qui souhaitent réussir la transition écologique sans perdre l’économie de marché. Toutes celles et ceux qui croient que la liberté d’entreprendre, le travail doivent être valorisés, et doivent permettre de sortir de la précarité les plus démunis de nos citoyens. Toutes celles et ceux qui croient que le libéralisme, le vrai, est incompatible avec toute forme de conservatisme et de nationalisme.

Si nous parvenons à rassembler sur cette base, si nous parvenons à convaincre, alors, mes amis, tout deviendra possible.

Nous devons changer, parce que le monde doit changer. Soyons le parti de l’espoir, du courage et du cœur. Soyons le parti qui réenchantera la politique.

Merci à tous, et au travail !

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