25. Lettre aux militants : « Fédérer et inspirer »

POLITICS DEFI PRESENTATION FEDERAL ELECTIONS

Chers militant(e)s, chers membres de DéFI,

Mon histoire avec vous ne date pas de février dernier, lorsque vous m’avez fait l’honneur de m’accepter dans vos rangs pour mener la bataille fédérale à Bruxelles.

Voilà plusieurs années que j’observais et suivais avec attention le travail accompli par notre formation ; depuis son changement de nom, depuis sa sortie du MR, depuis l’affirmation d’un message sociétal qui dépasse de bien loin les questions communautaires, sans pour autant renoncer à la défense des francophones.

La défense absolue des droits fondamentaux, en particulier, m’avait marqué, lorsque DéFI s’était élevé, par la voix d’Olivier Maingain à la Chambre, contre l’arrestation et la détention de migrants soudanais en collaboration avec la police secrète de ce pays, que nos autorités a fait venir pour y identifier les migrants concernés, et les renvoyer dans leur pays sans vérifier suffisamment qu’ils ne risquaient pas la torture ou des traitements inhumains et dégradants.

C’est ce genre de ligne rouge qui est importante de pouvoir tracer et respecter : oui, la migration est un sujet complexe ; non, nous ne pouvons accueillir toute personne qui le souhaite ; mais nous avons le devoir d’aider les personnes en besoin de protection contre un pays qui les opprime, et surtout, quoiqu’il arrive, nous ne pouvons renvoyer des gens vers des endroits où ils risquent la mort.

La politique, ce n’est pas seulement l’art du possible ; c’est celui de tracer les lignes, des frontières entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Et là, DéFI en avait tracé une, infranchissable : dans toute politique, on respecte les libertés publiques et les droits fondamentaux. Point. Même si c’est difficile. Même si ce n’est pas toujours populaire.

Si notre formation avait attiré mon attention, c’est aussi en raison du chemin parcouru depuis 2011 : recentrement de ligne sur tous les sujets, nouveau nom, participation gouvernementale bruxelloise à deux reprises. Le FDF devenu DéFI s’est adapté, sans renier son passé de défenseur des droits des francophones, en particulier là ils sont encore remis en cause, comme en périphérie. Nous sommes aujourd’hui un parti généraliste, respecté pour sa gestion. Toute l’équipe dirigeante qui a tenu le gouvernail ces dernières années doit en être  chaleureusement remerciée. Depuis 2011, nos adversaires annoncent régulièrement la disparition de notre parti ; nous sommes toujours là, nous alignons deux participations gouvernementales d’affilée, nous avons toujours des bastions forts, et surtout notre message s’est étendu, généralisé au point que DéFI est, aujourd’hui, perçu comme un parti généraliste et crédible sur tous les sujets de société.

A côté de ce bilan remarquable, il faut pouvoir regarder en face nos échecs et nos faiblesses.

Aux dernières élections du 26 mai, DéFI peut se dire qu’il ne fait pas partie des grands perdants, tels les partis traditionnels, qui ont tous connu une large défaite. Mais ne nous voilons pas la face : nous ne faisons pas partie non plus des gagnants.

  • Malgré l’absence d’élus le 26 mai, il faut le souligner : c’est en territoire wallon que DéFI a gagné des voix en 2019, alors que notre électorat bruxellois est en légère érosion. En Wallonie, notre implantation est réelle ; il suffit de voir le nombre d’élus communaux, provinciaux et l’activisme de nombreuses sections locales. Nous ne sommes qu’à quelques encablures du plafond de verre des 5%. Le ou la prochaine président(e) devra conserver la Wallonie comme priorité, y être présent très régulièrement, favoriser l’émergence plus nette de voix en Wallonie, offrir plus de visibilité à nos élus wallons, et pallier les difficultés d’organisation que nous avons pu connaître à quelques endroits.

 

  • Nous restons trop individualistes, centrés sur nous-mêmes, sur nos communes, et sur quelques personnalités. Que la marque « DéFI » soit moins connue que les noms Maingain, Gosuin ou Clerfayt est symptomatique. Unis, nous le sommes par nos valeurs, nos objectifs et notre histoire. Mais nous oublions de l’être dans les moments-clefs. L’impression d’avoir vécu une addition de campagnes électorales personnelles, et non une seule campagne de parti, se ressent à l’intérieur, et aussi à l’extérieur. Il nous manque d’esprit collectif, il nous manque encore le souffle qui permette que chaque militant se dise « Ne demandez pas ce que DéFI peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour DéFI ».

 

  • Malgré nos réelles avancées en termes d’idées – je pense notamment à notre mobilisation électorale autour de la Justice – notre ligne n’est pas encore suffisamment lisible. La question « DéFI, c’est quoi ? » est trop récurrente. Si notre singularité est réelle, il manque encore une synthèse claire apte à mobiliser.

 

  • La carte électorale est édifiante : nous avons du mal à percer hors de nos bastions. Notre message, nos actions ne sont pas reconnues au niveau qu’elles mériteraient. Malgré notre bilan incontestable en Emploi et Formation, par exemple, nous ne sommes pas crédités de la baisse du chômage à Bruxelles. Alors que nous avons placé les premiers l’environnement au cœur des politiques, depuis des années, la vague verte nous submerge. Et sur la diversité, malgré nos positionnements de pionniers, nous sommes en retard, singulièrement concernant l’accès aux responsabilités.

 

  • Nous connaissons une certaine démobilisation en périphérie, corrélée à la scission de BHV. Les francophones y sont nombreux mais ne s’unifient plus ; la montée du bloc identitaire flamand a engendré un « vote utile » en faveur des partis traditionnels. Pourtant les tracasseries et les remises en cause des droits des minorités sont réelles. Il faut s’y attaquer de front et refuser de désinvestir.

 

  • Notre organisation interne manque de lisibilité et d’efficacité, ce qui peut mener à une certaine démobilisation ou démotivation des membres, singulièrement au niveau local.

Il nous faut pallier nos faiblesses, tout en faisant fructifier nos atouts.

Durant les trois prochaines années, nous pouvons fortifier ce parti et en faire un axe majeur de la politique de ce pays.

Je propose :

  • d’affirmer notre ligne fédéraliste, en travaillant sur le renforcement de l’État fédéral, dans une Belgique repensée sur le seul critère de l’efficacité des politiques et non plus sur les revendications nationalistes et identitaires ;

 

  • de préserver des régions fortes, et une solidarité accrue entre francophones, par le maintien de la Fédération Wallonie-Bruxelles ;

 

  • de développer un programme socio-économique fort axé sur la réussite sociale, la valorisation du travail et la lutte contre la précarité ;

 

  • de maintenir notre affirmation forte d’une laïcité de l’État nécessaire et inclusive, associée à une nécessaire lutte contre les discriminations ;

 

  • de démocratiser, simplifier, fluidifier les structures internes de DéFI, afin que la parole et les idées y circulent constamment ;

 

  • de veiller à ce que les intérêts des trois régions (Bruxelles, Wallonie et périphérie) soient constamment pris en compte dans chaque décision ;

 

  • de poursuivre notre ancrage en Wallonie, de manière décisive, notamment en dynamisant notre présence et notre message, et en mettant en avant les figures wallonnes de notre mouvement ;

 

  • de développer une nouvelle dynamique en périphérie, pour y défendre les intérêts des francophones et, de manière générale, de toutes les minorités pouvant se trouver confrontées aux avancées nationalistes ;

 

  • d’affirmer que notre ennemi n’est pas la Flandre ni le mouvement flamand, mais la fièvre nationaliste qui a envahi tant d’esprits, au point de faire du repli identitaire une réelle menace.

 

  • d’investir bien davantage dans les forces vives de la diversité bruxelloise, en ce compris dans la prise de responsabilités.

Oui, nous avons des atouts : notre énergie, notre caractère frondeur, notre tempérament de pionniers, notre ADN de défenseurs des droits fondamentaux. En ces temps de recomposition politique, nous pouvons faire de DéFI le premier parti en région bruxelloise, et une force qui compte en Région wallonne et au Fédéral. J’en suis convaincu.

Je souhaite un parti fort, rassembleur, qui mette le citoyen et l’humain au cœur de ses préoccupations. Qui ne transigera jamais sur le respect des droits fondamentaux. Qui se dresse en rempart contre les forces nationalistes qui menacent notre pays. Qui résiste aux populismes de droite comme de gauche.

Un parti, aussi, qui assume de faire de la politique et de lui rendre ses lettres de noblesse.
Durant ce mois à venir de campagne, il y aura des rencontres, des débats, des échanges, et des occasions de poursuivre la réflexion ensemble.

Une élection interne est un moment d’échange et de partage ; aucun candidat, aucun président ne pourra arriver seul à accomplir cette tâche. Nous avons tous besoin les uns des autres. Seuls, nous ne pouvons rien, ensemble, nous pouvons tout.

Dans les prochains jours, les prochaines semaines, je déclinerai ici même les différents aspects de ce programme. Mais ce programme, ces idées, je les souhaite en évolution, en travail avec les membres, dès à présent. N’hésitez pas à réagir, ou à m’écrire. Je les nourrirai durant la campagne des réflexions reçues, du fruit des rencontres réalisées.

Je suis fier d’appartenir à une formation qui valorise autant sa démocratie interne, et nous devons tous lui rendre hommage par notre exigence et notre loyauté. Je me réjouis de ce temps de débat qui, quelle que soit l’issue, fera de notre formation un acteur plus fort et plus légitime.

Je reste à votre disposition.

Bien cordialement,

François De Smet

de.smet.francois@gmail.com

fdsdefi

Plus d’informations sur mes idées?  Voir « Le Grand Oral » du 19 octobre 2019.

2 thoughts on “25. Lettre aux militants : « Fédérer et inspirer »

  1. La communication est souvent incompréhensible ,qu’il faut lire 3 fois pour comprendre.la campagne sur la bonne gouvernance est un échec.Les grandes idées doivent être énoncées de manière simple et claire pour le commun des mortels…sans tomber dans la démagogie et le clientélisme .

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