#20. Rendre un avenir à ce pays

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A la veille du scrutin, j’entends de nombreuses inquiétudes se faire jour. Parviendrons-nous à former un gouvernement fédéral ? Les résultats des élections ne seront-ils pas si divergents qu’ils empêcheront toute coalition ?

Nous nous situons en effet à un tournant, qu’il faut pouvoir correctement négocier. La N-VA, et Bart De Wever en particulier, nous vendent depuis des années qu’il y aurait deux démocraties dans ce pays, et qu’elles auraient donc vocation à se séparer l’une de l’autre. Je fais une autre analyse : il y a une seule démocratie, mais deux opinions publiques différentes, qui ne se croisent plus suffisamment. Mais la question est : quelle direction prendre ? Continuons-nous le mouvement centrifuge consistant à nous séparer de plus en plus ? Ou commençons-nous, après avoir pris conscience des limites de l’éparpillement, à reconstruire des ponts ? C’est l’un des enjeux de ces élections.

Pendant les quatre années et demie de leur présence au Fédéral, les nationalistes ont entrepris d’affaiblir l’État. Certes, pas avec une réforme de l’État – ce « renoncement » étant le prix, finalement bien faible, offert au MR (tous les usuriers vous le diront : acheter du temps, c’est se faire avoir). Mais avec des coupes budgétaires dans une série de secteurs clef, une répartition de numéros INAMI défavorables aux francophones, un désinvestissement dans la Justice, un manque de soin apporté aux institutions fédérales bruxelloises, etc. Que l’État fédéral fonctionne de plus en plus laborieusement arrange bien un certain agenda, celui de la N-VA consistant à dire : « Regardez comme cela ne fonctionne plus, il faut régionaliser ».

Il y a heureusement d’autres voix qui se font entendre en Flandre. Partout dans le pays, des citoyens et des politiques commencent à se demander si on n’est pas allés trop loin dans l’écartèlement, et si un mouvement inverse ne se justifierait pas, à tout le moins dans certaines matières.

A titre personnel, après ces semaines de campagnes, et après avoir sillonné toute la Région et participé à de nombreux débats, j’identifie au moins quatre domaines dans lesquels l’éparpillement des compétences devient un véritable problème de bonne gestion :

  • Les soins de santé, et en particulier la prévention. Comme on me le faisait remarquer lors d’un débat sur le sujet, il est aujourd’hui plus difficile de faire un plan national contre le tabac que de voter une loi climat.
  • Les transports. Autour et dans Bruxelles, il est manifeste qu’un manque criant de coordination et de centralisation impacte notre vie à tous. On peut raisonnablement affirmer que dans un autre pays, il ne faudrait pas trente ans pour créer un RER, ni quinze ans pour construire quelques stations de métro.
  • Le climat. Les jeunes marcheurs en rue pour le climat, et singulièrement en Flandre, se promenaient avec des pancartes interrogeant l’utilité d’avoir quatre ministres du climat. De fait, cette division affaiblit la Belgique à l’international, et nous empêche de prendre les mesures nécessaires.
  • La migration. L’octroi du séjour est fédéral, alors que l’intégration appartient aux Régions. Cette division entre migration et intégration pose de vraies difficultés – personne ne peut réellement décider d’agir de manière proactive sur la migration économique, par exemple. Il nous faut réconcilier ces deux facettes.

DéFI a évidemment des racines communautaires, de défense des droits des francophones. Il continuera à défendre les droits des francophones en périphérie. Mais son ennemi n’est pas la Flandre, ni les Flamands – nous avons gouverné la Région bruxelloise avec nos amis néerlandophones sans difficultés, et nous sommes attachés à ce que les Flamands se sentent pleinement chez eux à Bruxelles. Nous sommes persuadés que ce pays se porterait mieux si tout le monde en parlait ses deux principales langues.

Notre ennemi, c’est le nationalisme, d’où qu’il vienne. Et il se trouve qu’il y a un nationalisme flamand à l’œuvre, qui n’a pour seul objectif que de mettre fin à ce pays, en le rendant ingouvernable.

A nous d’être les plus forts possible pour remettre à l’agenda le bon fonctionnement de ce pays. Dans notre projet Nova Carta, nous proposons une grande évaluation des réformes de l’État passées (quelqu’un peut-il sérieusement dire quelle a été la plus-value de la division en trois des allocations familiales et du code de la route, décidées dans la 6ème réforme ?), et une réflexion avec les citoyens sur l’avenir de notre pays. De notre point de vue, ce sera l’occasion de mettre sur la table le meilleur fonctionnement de notre État, sans tabou. De réformer l’État non plus sur base identitaire, mais sur le seul critère de l’efficacité. En ce compris en parlant de circonscription fédérale, de communauté métropolitaine, ou de refédéralisation de compétences si nécessaires.

Nous souhaitons que ce pays perdure et fonctionne, parce que nous considérons que la Belgique est une plus-value. Cela nous distingue des nationalistes depuis toujours, et ce sera encore le cas demain. A nous tous de choisir notre avenir et, au Nord comme au Sud, d’élire des constructeurs de ponts, et non des bâtisseurs de murs.

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