#18. Intervention au meeting de clôture – Kanal – 18 mai

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Chers amis,

Quel symbole fort que nous soyons précisément ici, à Kanal. Nous sommes exactement sur une célèbre frontière, une frontière intérieure que les habitants de cette Région connaissent bien : celle du canal. De nombreux bruxellois ne la franchissent jamais. Ce canal symbolise la fracture de notre ville et de notre Région. Oui, reconnaissons-le, il y a plusieurs Bruxelles qui ne se croisent pas. Il y a des quartiers entiers qui restent cloîtrés. Tant au nord qu’au sud. Tant à l’est qu’à l’ouest. Et ce n’est pas sain.

Alors, face à ce constat il y a deux attitudes possibles. La première c’est d’y résigner, parce qu’on trouve que ce n’est pas grave, ou qu’on y trouve une forme d’intérêt. Parce que le chacun chez soi, voyez-vous, c’est parfois pratique. Il enferme dans des attitudes de vie, dans des habitudes de vote. Ça permet à une certaine droite d’attiser les replis et les petites haines, de ne jamais sortir de certains quartiers cossus. Ça permet à une certaine gauche d’entretenir les différences, de flatter les particularismes. Ça permet de développer des langages différents selon les communautés ou les quartiers où l’on se rend. C’est ainsi qu’on se retrouve à faire des tracts spécifiques à telle ou telle communauté. Mais surtout, cela permet aux uns et aux autres de se présenter comme des victimes, et de refuser de remettre en cause la division elle-même.

L’autre attitude c’est de considérer que cette fracture n’est pas normale. Que nous devons agir pour que Bruxelles soit davantage que l’addition de quartiers différents, et soit un melting pot réussi. Nous devons transformer notre multitude, notre diversité en véritable richesse. Nous ne pouvons le faire que si cette diversité se mélange, et ne reste pas dans des ghettos mutuels.

Et ça, ça doit être le sens de toutes nos politiques : communales, régionales, fédérale, européennes.

Chez DéFI, nous agissons précisément pour rassembler ce qui est séparé. Rassembler l’esprit d’entreprise et la solidarité. Rassembler les quartiers et tirer le meilleur de la diversité. C’est ce qu’a fait Bernard Clerfayt à Schaerbeek, lorsqu’il a sorti cette commune de son image délabrée et divisée pour en faire aujourd’hui un symbole de vivre ensemble réussi.

C’est ce qu’a fait Didier Gosuin, en ramenant le chômage de 20 à 15% à Bruxelles, et le chômage des jeunes de 31 à 21%. Parce que c’est en alliant économie, emploi et formation, c’est en offrant un véritable avenir à la jeunesse de cette Région que nous luttons le mieux contre le repli sur soi.

Et c’est ce que nous ferons demain à tous les niveaux. Rassembler, faire œuvre de justice sociale et économique. Attaquer les causes de cet éparpillement, et non transformer ses symptômes en symboles.

Il n’y a pas à choisir entre combattre le racisme et les replis identitaires : il faut faire les deux.

Il faut combattre le racisme et les discriminations, car elles empêchent une partie de notre jeunesse bruxelloise de vivre des vies épanouies, elles les privent d’opportunités. Il faut combattre les replis identitaires parce qu’ils minent le vivre ensemble. Et il faut aussi investir dans des projets positifs, qui construisent des ponts, comme le cours commun de philosophie, de citoyenneté et des religions.

C’est vrai que chez DéFI, dans cette campagne, on l’a joué un peu à l’ancienne : on a écrit des programmes. Et on a osé mettre dans nos programmes des mots dangereux comme laïcité, intégration, migration, vivre ensemble. Mais jamais avec des formules toutes faites ou des facilités. Chaque fois avec des solutions. Chaque fois en construisant des ponts entre les uns et les autres.

Au niveau fédéral, nos priorités sont connues.

Il est temps de refaire de la Justice le troisième pouvoir qu’elle devrait pleinement être, en la refinançant correctement et en permettant aux plus démunis d’y accéder facilement.

Il est temps de donner à notre pays une nouvelle impulsion sur le climat. Pas seulement par l’une ou l’autre taxe, mais aussi en prenant la tête d’une coalition climatique européenne qui mutualisera les énergies renouvelables au profit de tous.

Il est temps de doter enfin ce pays d’une politique migratoire digne de ce nom : une politique qui protège les droits de manière inconditionnelle, mais qui dans le même temps organise les migrations, ouvre le champ de la migration économique et lutte enfin efficacement contre les trafiquants d’êtres humains.

Il est temps de réparer notre démocratie sociale abîmée depuis ces dernières années, notamment en rétablissant la concertation avec le secteur des soins de santé et de lutte contre de la pauvreté. Et en inventant une nouvelle fiscalité qui soulage enfin le travail et mette à contribution tous les types de revenus.

Et puis, il est temps de réinventer notre démocratie. Il faut en finir avec ce cycle de réformes de l’État sans fin, basées sur des demandes irrationnelles. Évaluons les dernières réformes. En particulier, la dernière, la sixième, que nous jugeons en ce qui nous concerne plutôt catastrophique. Qui peut réellement démontrer quelle a été la plus-value d’avoir divisé les allocations familiales ou le code de la route en trois ?

Il faut changer de logique et ne plus accepter de réforme de l’État à l’avenir que sur base d’une discussion rationnelle : qu’est-ce qu’une réforme va apporter de bien aux habitants de notre pays ? C’est la seule question qui doit compter. Nous nous opposerons donc évidemment au confédéralisme de la N-VA, qui n’est qu’une formule creuse pour davantage de régionalisation sans fin et sans autre objectif que la fin du pays. Voyons rationnellement comment améliorer le fonctionnement de ce pays. Et profitons-nous pour impliquer largement les citoyens.

Chers amis, notre formation occupe un espace unique dans le champ politique. Je ressens que des citoyens de plus en plus nombreux comptent sur nous. Mais il arrive que certains encore nous interrogent sur notre positionnement sur l’échiquier. A titre personnel, mais je suppose que nous l’avons tous vécu, j’ai déjà vu DéFI se faire traiter de parti « de droite » par la gauche, et de parti « gauchiste » par la droite. Ça prouve que nous sommes exactement là où devons être.

Mais peut-être faut-il mieux rappeler ce qui nous distingue des autres formations politiques. Je vous propose un jeu. Le jeu des différences. Par exemple, qu’est-ce qui nous différencie du PS ? Très certainement, le rapport à l’État et à la chose publique. Il ne nous viendrait par exemple pas à l’idée, chez nous, de voter contre une levée d’immunité d’un de nos parlementaires avec l’aide de la N-VA contre l’avis de la justice, ou de permettre des constructions aussi aberrantes que Publifin.

Qu’est-ce qui nous différencie du cdH ? Très clairement, la laïcité, surtout quand il s’agit de lier la parole aux actes, comme on l’a vu sur le dossier de l’avortement, qui n’est toujours pas complètement dépénalisé. Mais ce qui nous distingue, c’est aussi une forme d’attitude : tel un habile caméléon survivant à tout, le cdH parvient toujours à prendre la couleur du parti le plus fort du moment. Nous, nous restons sur notre ligne, nous respectons les accords conclus, et nous ne bazardons pas trois gouvernements pour des questions d’alliance. Et tant pis pour les conséquences : au moins nous resterons nous-mêmes.

Qu’est-ce qui nous différencie d’Ecolo ? Sur la gouvernance, sur les droits humains, objectivement nous sommes proches. Mais il y a le reste. La différence entre DéFI et Ecolo, à vue de nez, c’est environ 476 pages de programme. Ecolo a fait un programme de 109 pages tout mouillé, qui rassemble de larges engagements mais très peu de précisions. C’est ce qui permet d’entretenir le flou. Ecolo est pour le métro mais contre son extension – même s’il ne faut pas le dire trop fort. Ils sont pour l’économie de marché libérale… surtout si elle n’est pas trop capitaliste. Et ils ont quelques positions sur le vivre ensemble, certes, mais qu’il ne faut pas mettre en avant, et surtout pas – quelle idée ! –  dans un programme électoral.

Et enfin, qu’est-ce qui nous différencie du MR ? Nous ne partageons plus vraiment le même libéralisme. Notre libéralisme privilégie les droits et les libertés sur tout le reste. Même sur le socio-économique. Même sur les coalitions. Il n’y a rien de moins libéral que de ré-enfermer des familles avec enfants ou de renvoyer des Soudanais vers un pays où ils risquent la torture. Mais surtout, il n’y a rien de moins libéral que de gouverner avec un parti nationaliste qui veut la fin de ce pays, d’en être fier et de vouloir sans honte recommencer à le faire. Alors bien sûr, ce n’est pas l’humanisme du MR qui est ici en cause. C’est un parti démocratique. Je ne pense pas que ses membres se soient levés un matin en se disant que c’était une bonne idée de faire des visites domiciliaires ou de donner des visas humanitaires à la tête du client. Mais sur ce domaine comme sur tant d’autres ils ont laissé faire la N-VA. Ils lui ont laissé tous les leviers régaliens, ils l’ont laissée affaiblir l’État fédéral notamment par ces coupes inacceptables dans les services publics et dans la justice, ils l’ont laissée ronger cet État fédéral de l’intérieur, peut-être même plus efficacement qu’une septième réforme de l’État. La faiblesse qu’ils ont eue hier, ils l’auront toujours demain. Il faut le dire ici, même si je n’ai aucun plaisir à le dire : chaque voix pour le MR est un pas vers la N-VA.

Chers amis, il nous reste une semaine. Et je pense que nous sentons bien que tout devient possible. Une semaine pour convaincre. Une semaine pour remettre cette région, ce pays, et pourquoi pas ce continent sur des rails clairement plus justes. Une semaine pour réconcilier notre pays avec lui-même. Une semaine pour abattre nos frontières intérieures. Une semaine pour emmener les habitants de Bruxelles, de Wallonie, de Flandre, de tout notre pays vers des horizons empreints de justice sociale, de justice fiscale, de justice climatique. Une semaine pour rassembler, pacifier et gagner autour de nos valeurs : liberté, égalité, laïcité et justice.

Bonne fin de campagne à tous !

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