#13. Bruxelles, ma belle, ses fractures

brussels

Sur le site Brussels, a lovely Melting-pot, on peut découvrir une série de cartes de Bruxelles fascinantes, montrant la diversité des nationalités de ses habitants.

La dernière carte disponible, en particulier, est frappante : en bleu, les ressortissants européens dominent le sud-est ; en rose, les personnes de nationalité maghrébine se concentrent dans ce qu’on nomme couramment le croissant pauvre à l’ouest, tandis que les Turcs, en jaune sont massivement présents à Saint-Josse.

Si on superposait cette carte aux indicateurs socio-économiques, on constaterait que ce clivage par nationalité recoupe largement le clivage entre riches et pauvres. Bien sûr, les nationalités étrangères ne sont qu’un indice partiel de la diversité des habitants – il y a aussi les Belges et leurs origines – mais elles donnent une idée intéressante d’un état de fait : les communautés de nationalités étrangères vivent dans des parties très différentes de la ville, et ne se mélangent que peu.

En d’autres mots : Bruxelles est une ville clivée en plusieurs morceaux et d’habitants qui ne circulent que peu. Et cela est très inquiétant.

Je suis né dans cette ville et y ai vécu la plus grande partie de ma vie. J’ai habité dans des communes très différentes : Woluwé-Saint-Pierre, Uccle, Laeken et Evere. J’ai pratiquement toujours travaillé au centre-ville de Bruxelles, ou à Molenbeek. Je pense connaître un grand nombre de quartiers et je me sens partout chez moi. Mais les faits sont là. Nous évoluons tous dans plusieurs villes différentes qui se superposent :

  • Celles des Belges qui n’ont pas d’ascendance étrangère récente, blancs, présents un peu partout dans la ville, mais surtout dans le Sud et l’Est ;
  • Celle des personnes étrangères ou d’origine étrangère, massivement présents dans l’est de la ville et le centre ;
  • Celles des Européens, généralement proches des institutions de l’UE, qui peuplent les beaux quartiers du Sud, de l’Est et de la périphérie.

J’ai grandi dans des quartiers considérés aujourd’hui comme privilégiés, où même le traditionnel épicier arabe ou paki du coin étaient une rareté. J’ai habité et travaillé dans des quartiers dits difficiles – je me souviens notamment de ce jeune de Molenbeek, rencontré lors de mon passage dans l’aide à la jeunesse, qui me disait avoir rencontré son premier blanc à 18 ans. J’ai travaillé dans les quartiers impersonnels du centre-ville. J’ai vu et croisé mille visages différents de cette ville que j’aime, mais dont je dois bien reconnaître que, à part certains quartiers qui subsistent comme des lieux de passage permanents, comme le centre-ville ou le parvis de Saint-Gilles, les habitants ont une tendance à rester dans leurs zones de confort, au propre comme au figuré.

L’inquiétant dans la situation est que cette parcellisation n’évolue que peu ; les personnes précarisées restent dans les mêmes quartiers dont elles n’ont pas les moyens de partir. Quand elles les obtiennent, elles ne restent en général pas là mais vont s’installer vers des quartiers plus riches – ou partent de Bruxelles, qui se voit peu à peu privée de ses classes moyennes, avec les conséquences néfastes que ce cercle vicieux génère pour les finances d’une Région qui, en outre, accueille des centaines de milliers de navetteurs chaque jour.

Quelles réponses politiques apporter à cette parcellisation ? Elles sont évidemment multiples.

Il y a évidemment l’emploi, et singulièrement l’emploi des jeunes. Même si de grands progrès ont été accomplis sous cette législature – notamment grâce à l’action du ministre Didier Gosuin -, nous devons concentrer nos forces sur la qualification, la formation tout au long de la vie, l’apprentissage des langues. Plus les jeunes citoyens auront d’armes, plus ils pourront choisir leur avenir.

Il y a les transports ; la ville soit aussi se décloisonner de l’intérieur. En 20 ans, Bruxelles a connu un accroissement de population équivalent à la ville de Gand. Or la dernière station de métro a été inaugurée en 2006. Nous manquons cruellement d’un réseau terminé et efficace, qui devrait compter non seulement un métro Nord-Sud efficace, mais aussi quatre lignes qui ajoutent de la transversalité à la ville.

Et il y a la rénovation des quartiers, l’isolation des logements, les espaces verts, la construction d’écoles, la lutte contre les discriminations et les replis identitaires… des chantiers gigantesques pour lesquels nous avons besoin de visionnaires, et non plus simplement de gestionnaires. La justice sociale, fiscale et économique doit aussi se faire par une plus grande mixité sociale.

En ce sens, tous les projets urbanistiques qui permettent aux différentes parties de la ville de se connecter – qu’il s’agisse d’une ligne de métro ou d’un piétonnier – ne doivent pas être vues simplement comme des aménagements de territoire ; ils dessinent aussi l’avenir d’une ville.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion /  Changer )

Google photo

You are commenting using your Google account. Déconnexion /  Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.