#9. Belgique, contrée de bombes nucléaires

nucleaire

Une journée de campagne peut faire emprunter des chemins inattendus, et se révéler inspirante sur l’état du monde et de ses guerres présentes à venir. Ce fut le cas aujourd’hui.

Ce matin, j’étais invité à un débat au parlement fédéral sur les armes nucléaires, organisé par la CNAPD (Coordination Nationale pour la Paix et la Démocratie). Un thème qui peut surprendre celui qui ne suit pas ces matières de près et en serait resté au Dr Strangelove de Stanley Kubrick : depuis la fin de la guerre froide, ne sommes-nous pas un peu revenus de la menace d’anéantissement mutuel et de cette gigantesque dissuasion collective ?

Eh bien, pas vraiment. La menace a en réalité évolué, et elle est aujourd’hui plus inquiétante et plus concrète.

D’une part, de plus en plus de pays se dotent d’armes nucléaires, malgré les traités souhaitant interdire ou limiter leur prolifération. La fin de la guerre froide a aussi lancé le départ d’une balkanisation des relations internationales : dans une sorte de nouveau global far west, chaotique et incertain, les États sont nombreux à se trouver dirigés par des gouvernants flattant les peurs de leurs opinions publiques, aimant les hommes forts les protégeant du monde, plaçant « leur peuple » en premier. Les replis identitaires larvés sont à constater partout dans le monde. Dans ce contexte de conflits identitaires comme le nomme le politologue François Thual, l’arme nucléaire devient davantage plausible car les acteurs capables de se la procurer sont plus nombreux.

D’autre part, on découvre que le marché des armes nucléaires s’est redoutablement développé : les bombes sont aujourd’hui plus légères, plus technologiques, et, si on ose dire, plus « efficaces ». A tel point que pouvoir les employer de manière limitée dans un conflit devient plausible. Autrement dit: appuyer sur le bouton ne signifie plus automatiquement « fin du monde », et dès lors la bonne vieille dissuasion ne fonctionne plus. La libéralisation de la technologique atomique permet très sérieusement d’envisager qu’un État instable utilise une arme atomique contre son voisin, voire qu’un groupe terroriste puisse en faire usage. Ce qu’on appelle le « seuil » du recours à la bombe s’est considérablement abaissé.

Donc : non, la question de la lutte contre la prolifération d’armes nucléaires n’est pas un débat du 20ème siècle, mais nous concerne directement.

Il concerne singulièrement notre pays, la Belgique, pour deux raisons.

D’une part, la Belgique a refusé de participer aux négociations du Traité d’interdiction des armes nucléaires, et a a fortiori refusé de signer et de ratifier le traité. Ce traité interdit l’utilisation, le développement mais aussi la détention, le transfert et le stockage de telles armes.

D’autre part – même si c’est le secret de Polichinelle le moins bien gardé du Royaume – la Belgique détient sur son sol des bombes nucléaires qui ne lui appartiennent pas, qui sont propriété des États-Unis et qu’elle stocke sur son sol en vertu d’un accord bilatéral (et non dans le cadre de l’OTAN) avec les USA. Or ces bombes doivent bientôt, en 2020, être remplacées par de nouvelles bombes B61-12, appartenant à la catégorie des « mini nuke », réputées plus faciles et plus aisément déployables. C’est notamment parce que le F-35 serait le seul avion capable de transporter ces bombes en vue d’un largage que le gouvernement aurait décidé d’acquérir ces avions, au prix exorbitant que l’on sait.

Or le prochain gouvernement fédéral aura à se prononcer sur ces deux questions.

Lors de ce débat, j’ai donc pu apporter les réponses et les engagements suivants :

Bien sûr, nous ne sortirons pas de l’ère nucléaire du jour au lendemain. Il nous faut oeuvre à un désarmement multilatéral et progressif. Mais cela ne peut advenir si un certain nombre de pays ne lancent pas le signal de départ, et n’utilise pas les ressources de sa diplomatie à cette fin.

Oui, la Belgique doit pouvoir signer et ratifier ce traité, déjà signé par 70 pays. Il peut le faire sans remettre en cause sa place dans l’OTAN.

Oui, il faut à terme que la Belgique n’abrite plus de bombes nucléaires sur son sol. De nombreux autres pays européens, membres de l’OTAN, s’abstiennent d’abriter de telle armes.

Mais surtout : il nous faut enfin œuvrer à une Europe de la défense solide et sérieuse. Tant que nous resterons aussi dépendants des États-Unis pour assurer notre sécurité, dans un monde qui est effectivement plus dangereux que ce que nous pourrions penser, nous aurons des difficultés à prendre des décisions entièrement libres sur notre défense.

Enfin, les choix militaires et stratégiques, de manière générale, devraient beaucoup plus être soumis à a consultation du Parlement que ce n’est le cas aujourd’hui.

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