23. La laïcité est le chemin du vivre-ensemble

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Dans le creux de l’été, à l’occasion de la conclusion de l’accord de gouvernement bruxellois, une petite polémique a émergé sur une mesure prévue par l’accord de majorité : la fin de l’interdiction des signes convictionnels pour les étudiants qui était de mise dans certaines hautes écoles dépendant du réseau de la Cocof. Ecolo a rapidement mis en exergue cette mesure comme un élément important de l’accord, mettant fin à une discrimination peu justifiable, tandis que DéFI rappelait que cette mesure n’était en rien contradictoire avec le principe de laïcité de l’État qui lui est particulièrement cher.

En l’occurrence, chacun des deux partenaires a raison.

Mais les réactions enregistrées de part et d’autre témoignent combien cette question des signes convictionnels (et ne soyons pas hypocrites : on parle avant toute chose du foulard islamique) divise la société. On avait déjà pu s’en apercevoir lors de l’affaire du tract communautariste d’Ecolo en pleine campagne comparant les positions des différents partis : les sujets convictionnels sont bel et bien présents dans le débat public, que les partis politiques souhaitent en parler ou non. Et, en réalité, il se pourrait bien que c’est le refus du monde politique de trancher de telles questions, depuis des années, qui nourrit les antagonismes. A force de refuser tout débat sur l’identité, celle-ci revient par la fenêtre à chaque occasion, sous un format anecdotique ou contextuel qui en fait un sujet de crispation : foulard, fêtes religieuses, crèches de Noël, abattage, tract électoral… mais aussi migration, intégration, racisme et replis identitaires en général.

Sur la question précise des signes convictionnels, il est frappant de constater l’existence de deux courants critiques qui polarisent les positions, et au milieu duquel les positions modérées ont bien du mal à faire entendre leur voix : d’une part ceux qui défendent le port de signes religieux et convictionnels en toutes circonstances se font aisément traiter de communautaristes, au mieux naïfs face à l’islamisation de notre société et au pire fondamentalistes; d’autre part ceux qui plaident pour une laïcité claire, interdisant certaines pratiques et certains signes dans certaines circonstances, et qui se voient taxer « d’ayatollahs de la laïcité » intolérants, au mieux mettant en danger la liberté de religion, et au pire masquant des relents xénophobes.

Je pense que les uns et les autres, dans leur écrasante majorité, valent mieux que cela.

Il est frappant que nous avons là un confit de valeurs – par ailleurs assez normal en démocratie – qui pourrait se résumer comme suit : la laïcité ou la neutralité (n’entrons pas, dans l’espace limité de cet article, dans la nuance) devraient-elles être conçues comme plus importante, en certaines situations, que l’exercice des libertés individuelles ?

Je vais tenter de développer succinctement mon point de vue, tout en essayant de comprendre d’où vient cet antagonisme qu’à mon avis nous avons tort d’éluder, et que nous ferions bien de prendre au sérieux et de régler, de la manière la plus consensuelle mais aussi décisive possible. Précisément pour que ces questions identitaires ne nous empoisonnent plus la vie. Je tenterai de montrer pourquoi non seulement la laïcité est le chemin du vivre ensemble, mais aussi pourquoi elle est indissociable de la nécessaire lutte contre les discriminations, et qu’il est mortifère de les opposer.

J’ai passé ma vie professionnelle dans de très nombreux milieux différents. Je crois pouvoir dire que j’ai côtoyé à la fois la diversité bruxelloise, la précarité, mais aussi les milieux les plus privilégiés. J’ai fréquenté le monde académique, des politiques, des entrepreneurs, des indépendants et les milieux associatifs. J’ai tout autant fréquenté les associations de quartier directement impliquées avec les réalités de terrain que les salons à lambris du Bruxelles blanc et bourgeois. J’ai des amis de toutes les convictions et des relations issues de tous les milieux sociaux.

J’ai pu à maintes occasions déjà m’exprimer sur ces questions identitaires, que ce soit dans mes ouvrages, des articles ou des billets de blog. Et sur le foulard islamique, je l’avoue humblement : j’ai changé d’avis. Plusieurs fois. Parce que ce n’est pas un sujet simple et que cela ne le sera jamais. Parce que j’ai rencontré des femmes portant le foulard très différentes les unes des autres. Parce que je réalise qu’entre la foi pleine et entière et la revendication communautaire en passant par l’affirmation politique pure et simple de porter un signe précisément parce qu’on prétend vous l’interdire, il y a autant de raisons de porter un signe, et donc un foulard, que de femmes qui le portent.

Pour cette raison, dans de tels sujets, je développe une méfiance instinctive vis-à-vis de tous ceux, quels que soient leurs « camps », qui assènent des principes absolus et dénués de doute. Et je m’efforce d’écouter celles et ceux qui ont vécu, réfléchi, et dont les convictions reposent sur un trajet de vie. Le doute est le vrai prélude de l’intelligence ; je le pensais comme philosophe, et ce n’est pas parce que je fais maintenant de la politique, ce milieu où il faut pourtant avoir l’air fort et intraitable, que je vais changer de posture.

Je ne vais pas retracer tous les détours sinueux de l’évolution de ma pensée ; mais je vais tenter de ramasser l’état de ma pensée telle qu’elle est aujourd’hui. C’est une conviction réfléchie, murie par l’expérience, et non purement abstraite. C’est une conviction ferme, mais qui ne représente que mon état d’esprit d’aujourd’hui.

D’abord, réaffirmons-le : oui, la liberté est le principe de base. Oui, cette liberté implique la liberté de culte, de religion et de conviction. Mêmes des idées politiques ou religieuses que ne vous plaisent pas ou vous dérangent. Oui, la liberté de conviction et de religion inclut aussi, contrairement à une opinion répandue, le droit de la manifester en public – une religion n’est pas un hobby comme la philatélie, qui ne devrait être exercée que dans une enceinte privée. La Cour européenne des droits de l’homme a pu réaffirmer plusieurs fois cette idée que la liberté de religion inclut le droit de l’exprimer publiquement, et inclut même un certain droit à en faire la promotion (cf. arrêt Kokkinakis sur le droit au prosélytisme). La liberté est et doit rester le principe de base, et toute exception doit être dûment justifiée.

Cette liberté de religion et de conviction inclut à la fois le droit de porter des signes religieux… et le droit de critiquer ouvertement ce que ces signes représentent. C’est un point important, et qui ferait, à mon sens, largement progresser la discussion s’il était communément admis : n’est pas un abominable fondamentaliste celui qui défend le port du foulard, mais n’est pas non plus un abominable xénophobe celui qui en promeut l’interdiction dans certains lieux. Que l’on soit d’accord ou non avec cette assertion, affirmer que le voile islamique est un objet patriarcal, sexiste et rétrograde est licite, permis, constitue une critique légitime d’une religion, et ne devrait jamais en tant que tel se voir taxé de racisme.

Deuxièmement : aucune liberté n’est absolue. Aucune. Pas même le droit à la vie ne l’est (sans quoi on remettrait en cause la légitime défense et le droit à l’avortement ou à l’euthanasie par exemple). Toute liberté inclut des limites. Ces limites peuvent être justifiées par une série normes et de considérations (« nécessaires dans une société démocratique », dirait la CEDH), et peuvent notamment être justifiées par des valeurs que l’on estime supérieures, comme la sécurité, l’égalité ou le vivre-ensemble.

L’exemple-type de cette limite justifiable en la matière est, selon moi, l’interdiction du foulard intégral dans l’espace public. Bien que cette interdiction limite sans conteste une liberté fondamentale, elle est pleinement justifiée au nom du vivre-ensemble (c’est d’ailleurs le seul argument pour lequel la Cour européenne des droits de l’homme cautionne cette interdiction : ni l’égalité entre hommes et femmes ou la dignité de la femme n’avaient été retenues), parce qu’une société où l’on accepterait que les individus puissent se croiser en rue sans même pouvoir se regarder dans les yeux, sans même échanger « l’épiphanie », l’exposition de la vulnérabilité et donc l’appel à l’éthique que représente le visage, au sens du philosophe Emmanuel Levinas, est une société qui à terme devient sclérosée, dangereuse en termes de respect de droits humains. Un foulard intégral n’est pas un symbole neutre, il ne concerne pas que l’intéressée : il veut dire « je ne veux rien avoir à faire avec toi, membre de la société différent de moi ». La société peut légitimement voir ce genre d’objet comme une menace sérieuse contre sa cohésion, et donc le combattre. C’est un point essentiel sur lequel je souhaite insister, parce qu’il cristallise, je pense, les désaccords entre promoteurs des droits humains sur cette question : le vivre-ensemble ne concerne pas seulement les droits des uns et des autres hic et nunc : il concerne aussi la vision de la société à venir. En l’occurrence, c’est la crainte légitime d’une société communautarisée et sclérosée qui peut l’emporter sur la liberté individuelle de religion autorisant le voile intégral.

Troisièmement, et cela permet d’illustrer, mutatis mutandis, une difficulté récurrente de ce genre de débats : les signes convictionnels ne sont jamais neutres, ils sont toujours, dans un sens ou l’autre, prosélytes. Ils véhiculent toujours une vision de la société et du monde dont ils font la promotion. C’est précisément parce qu’ils sont prosélytes par nature que toutes les réglementations du style « admettons le voile mais sans visée prosélyte », comme l’a tenté la France dans les écoles avant 2004, ne tiennent jamais. Je le précise, parce qu’on ne peut pas jouer sur les deux tableaux, comme certains tentent de le faire : on ne peut pas à la fois dire du voile islamique « ce n’est qu’un vêtement, sans incidence, aussi banal qu’une casquette ou une coupe de cheveux » d’une part, et dire en même temps « ce n’est pas qu’un vêtement, il fait partie de mon identité » d’autre part. Si le foulard fait partie d’une identité, au point qu’il semble presque impossible à une jeune femme de s’en défaire temporairement, alors il constitue un message religieux et politique en soi. S’interroger sur ce message, pour une société, est donc légitime.

Quatrièmement, cela permet d’enchaîner sur une considération importante : il n’y a aucun débat valable sur les signes convictionnels sans examiner la question du contexte et des lieux. Les personnes sont-elles usagères ou actrices ? Le lieu est-il la rue, une entreprise, une école, une administration ? Ceci est capital : il n’y a aucun sens, en matière de libertés publiques, à être « pour » ou « contre » le voile ou tout autre signe de manière générale. Il faut faire l’effort de distinguer les lieux et les situations.

Concernant l’habillement, tant qu’on circule à visage découvert, je ne vois aucune limitation justifiable des signes religieux dans l’espace public. De même, même si on peut trouver l’objet rétrograde et sexiste, et comme j’ai eu largement l’occasion de le développer ailleurs, je ne vois pas sur quelle base on pourrait interdire le port du burkini sur une plage ou dans l’espace public. De même, s’agissant de l’emploi privé, je ne vois aucun motif valable pour empêcher quelqu’un de travailler avec un signe convictionnel, tant que cela ne contrevient pas aux réglementations internes de l’entreprise, et tant que celles-ci respectent les lois anti-discrimination.

En revanche, s’agissant de ces lieux particuliers que sont les écoles et les administrations, la question de la liberté fait face à celle de la neutralité et de la laïcité. Et ce légitimement. Car ce qui est en jeu n’est pas seulement un signe convictionnel, mais la nature de la relation.

Dans une école primaire ou secondaire, l’élève est présent en raison de l’obligation scolaire. Il est en général mineur. L’école est l’un des seuls lieux où la socialisation des individus peut se réaliser. Oui, cela a du sens d’y interdire le port de signes religieux et convictionnels. Parce qu’à quelques exceptions près, un jeune de 15, 16 ou 17 ans est encore en pleine construction sociale et identitaire. Parce que la meilleure garantie de succès, et de développement d’une société ouverte et tolérante, ne réside pas l’assignation dans une seule conviction ou identité, mais dans le mélange et dans la confrontation, et que cela nécessite un cadre où ces identités sont mises entre parenthèses. C’est pour cette raison que c’est à l’école que les élèves doivent pouvoir se confronter à d’autres identités, origines et religions que celles de leurs parents ; c’est pour cela que, depuis des années, et bien avant mon engagement politique, je milite pour le remplacement, en particulier dans l’enseignement officiel, des cours de morale et de religion par un cours commun de philosophie, de religion et de citoyenneté. Et c’est pour cela aussi qu’il est nécessaire que les écoles obligatoires deviennent des sanctuaires de neutralité, et qu’aucun signe convictionnel n’y soit admis pour les élèves. La neutralité, dans des sanctuaires comme l’école, ce n’est pas une restriction de libertés: c’est la garantie de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.

A ce propos: je n’ignore pas la difficulté inhérente, en Belgique, au fait que la liberté d’enseignement inclut la possibilité de créer et de développer des réseaux confessionnels ; c’est un sujet trop large pour être abordé ici. Qu’il me soit simplement permis de souligner que l’existence de réseaux confessionnels n’empêche pas une uniformisation de la politique s’imposant aux réseaux officiels, et ne devrait certainement pas constituer un prétexte pour ne pas le faire.

Dans l’enseignement supérieur, en revanche, les usagers sont majeurs, et ne sont pas tenus d’être là. Ils sont adultes et ils sont là pour acquérir les compétences nécessaires à l’exercice d’un emploi. Je ne vois pas au nom de quoi il serait légitime, dans un tel cadre, d’interdire des signes convictionnels : les universités et les hautes écoles, contrairement à l’enseignement obligatoire et aux administrations, ne sont pas lieux où les élèves sont contraints de socialiser, et la nature de leur mission ne paraît pas de nature à justifier une telle restriction de liberté à des élèves majeures. Au contraire : il est de l’intérêt de toute la société que les hautes écoles et les universités soient aussi accessibles que possible à tous et toutes. Les universités avaient déjà réglé la question depuis longtemps. Il n’est donc que pleinement logique et conforme au principe de laïcité que les hautes écoles qui opéraient encore des restrictions ne puissent plus le faire.

Dans les administrations, nous sommes en présence du seul type d’emploi où il paraît légitime de limiter d’emblée les signes convictionnels. Une administration doit incarner la neutralité de la société. Il est normal que ses représentants n’arborent ni signe religieux, ni signe convictionnel pouvant être vu d’une manière ou d’une autre comme politique. Je n’ignore pas la récente jurisprudence Actiris sur le sujet ; mais elle me semble contestable, tant il me paraît évident que le débat se pose différemment pour les employeurs publics et pour les employeurs privés. Une administration a des devoirs de représentation de neutralité qui ne pèsent pas sur les employeurs privés.

Cinquièmement, enfin, les débats sur les signes convictionnels ne doivent pas éluder le fond du débat : les discriminations à l’emploi existent bel et bien et les premières victimes en sont les Belges d’origine étrangère. C’est un fait, et c’est une partie du débat essentielle. Replis identitaires et racisme se nourrissent mutuellement : plus certains groupes de la société s’en sentent exclus, plus ils seront incités à investir dans des identités exclusives. Il y a là un jeu de vases communicants. On aurait donc tort de se focaliser uniquement sur ces questions vestimentaires ou rituelles sans continuer à aborder de front la question de l’emploi des jeunes, en particulier d’origine étrangère. Le nouveau gouvernement bruxellois, précisément, poursuivra la lutte contre les discriminations déjà réalisée par le gouvernement précédent.

Si je tente de résumer mon point de vue :

La liberté doit prévaloir comme principe premier : personne ne peut empêcher quiconque de s’habiller comme il le souhaite en rue tant qu’il/elle est identifiable. De même, les limitations de mise dans le monde du travail doivent se justifier par la nature du travail en question. Les étudiants de l’enseignement supérieur, de la même manière, ne devraient pas se voir poser de limitations.
– En revanche, il est légitime qu’une société se dote de sanctuaires de neutralité et de laïcité pour assurer la cohésion sociale. Les écoles de l’enseignement obligatoire et les administrations publiques devraient être des sanctuaires de neutralité et de laïcité.
– La lutte contre les discriminations, en particulier en matière d’emploi, doit être poursuivie et renforcée.

Il serait de notre intérêt à tous que ces sujets soient enfin tranchés, notamment pour qu’ils n’empoisonnent plus le débat public. Or dans notre pays, les autorités se mouillent rarement sur ces sujets. Pour les écoles secondaires, ce sont les règlements d’ordre intérieur qui régulent le port de signes religieux et convictionnels ; le monde politique laisse courageusement les directions d’écoles seules sur ce sujet, depuis des dizaines d’années. C’est injuste, inefficace, et aboutit à ce que seules certaines écoles accueillent les jeunes femmes portant le foulard. Dans les administrations, c’est du cas par cas. Ajoutons à cela les différences d’approche entre les trois régions concernant l’abattage rituel, et nous constaterons un paysage fracturé, caractérisé par une absence de courage du monde politique depuis au moins trente ans. Typiquement, le comportement des autorités a consisté à mettre en place des processus de consultation – le dernier en date, les Assises de l’interculturalité, remonte à dix ans ! – et à ne rien faire de ses conclusions. Le rapport des dernières Assises prend la poussière dans les étagères des milieux académiques et des ministères, alors que plusieurs de ces propositions constituaient pourtant des compromis inspirants et réalistes.

Il serait sage, pourtant, que ces sujets soient tranchés par les pouvoir concernés, après les consultations nécessaires. Et ce, de préférence, à bonne distance de toute campagne électorale. En ce qui me concerne, et en ce qui concerne DéFI, nos lignes sont claires. Elles ont été tenues lors des négociations bruxelloises, et nous sommes prêts à en débattre à tous les autres niveaux de pouvoir.

Si nous souhaitons éviter que l’identité revienne tel un serpent de mer comme sujet électoral, dans des conversation de marché ou sur un tract caricatural, nous devons nous en emparer une bonne fois pour toutes. Car ce qu’on fait de l’identité est un débat en soi, qui est constamment refoulé, au point que seuls les partis les plus populistes s’en emparent, hélas de manière réductrice : c’est parce qu’elle n’envoie pas de message clair sur sa propre identité que la Belgique a autant de difficultés à définir ce qu’elle attend des nouveaux arrivants et à donner aux Belges d’origine étrangère toutes les chances de réussite – chances qu’elle est tenue de leur offrir. Prenons ce débat non comme une occasion de nous diviser, mais comme une formidable opportunité de définir qui nous sommes et quel pays nous souhaitons.

Sur le même sujet (sur Canopée): 

#22. Deux opinions publiques, mais toujours une seule démocratie 

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Trois jours se sont écoulés depuis les élections.

Des sentiments contrastés m’animent. Bien sûr, de la satisfaction, du soulagement, et un peu de bonheur pour celles et ceux qui ont été élus, de la compassion pour ceux qui ne l’ont pas été, et de la gratitude pour ceux qui se sont investis, et pour les électeurs. Se présenter à un scrutin reste une expérience déroutante, qui procure des émotions fortes. A titre personnel, j’engrange exactement 10.000 voix de préférence (ni plus, ni moins !). Un score qui engage.

Je suis honoré de pouvoir participer activement à la démocratie de mon pays. Contrairement à une idée répandue, les parlementaires élus ne représentent pas seulement leurs électeurs ; chacun doit représenter la nation entière. Un principe dont chacun et chacune devra s’inspirer dans les jours et semaines qui viennent.

Car au niveau fédéral, on dresse depuis trois jours des constats d’impossibilité qui rendent la situation inextricable. Au point que les commentateurs se succèdent à présent pour recommander ou prédire de nouvelles élections – après trois jours !

Il est donc temps de respirer calmement, de regarder les constats et de se concentrer sur les faits.

Les faits, c’est que l’électeur a distribué les cartes et qu’il faut tenter de jouer avec elles avant de revenir lui dire qu’il a mal voté. C’est au Roi et aux partis de jouer, et il faut leur donner le temps et la sérénité de le faire.

Cela n’empêche pas de s’arrêter sur le fait majeur de cette élection, à savoir la victoire incontestable de l’extrême-droite au nord du pays, via le Vlaams Belang. Les experts se succèdent pour déterminer les causes de ce succès, qui sont effectivement diverses :

  • La montée des extrêmes dans tous les pays occidentaux est un fait, et il ne se limite pas à la Flandre ; c’est un phénomène trop complexe pour être réduit à l’une ou l’autre explication. Citons néanmoins la dilution identitaire induite par la mondialisation (cf. gilets jaunes décrits comme « migrants de l’intérieur » par Bruno Latour), la remise en cause de la démocratie représentative, le sentiment de déclassement, et les peurs générées par une actualité internationale objectivement anxiogène.
  • Le ciblage du Vlaams Belang envers les jeunes, en particulier les réseaux sociaux, ont porté leurs fruits (comme il l’avait fait dans la victoire d’autres populistes et dans le Brexit)
  • Il y a aussi une responsabilité du gouvernement sortant. En gérant la migration en s’en servant comme porte-drapeau d’une politique et d’un parti, en transformant délibérément la question migratoire en question identitaire, on a dressé les braises sur lesquelles le feu a pris : la banalisation d’un discours (« opkuisen ») fait de déclarations polémiques rétropédalées, histoire que le cœur de cible ait bien saisi le message ; la considération que les droits fondamentaux sont une variable d’ajustement et non un axe fort, comme lorsqu’on renvoie des Soudanais en collaborant avec la police de ce pays ou qu’on remet des familles en centre fermé ; la délégation de presque toutes les fonctions régaliennes à un parti dont le core business est précisément la frontière entre l’acceptable l’inacceptable.
  • Enfin, cela n’exonère pas la responsabilité de l’ensemble de notre classe politique : le vrai problème est que tant de citoyens se tournent vers des partis liés à la question identitaire, et vers un parti en particulier cultivant la haine d’autrui comme mantra. S’ils le font, c’est qu’il existe un certain nombre de questions que cette population n’estime pas résolues.

Aujourd’hui, nous en sommes là : pour avoir cédé aux sirènes identitaires, pour avoir laissé prospérer les formations extrémistes sans suffisamment réagir, nous sommes confrontés à un risque réel de rupture du cordon sanitaire. Aujourd’hui, 29 mai, le Roi a reçu le président du Vlaams Belang, rompant avec la coutume royale.

Comme le résumait sur Twitter le journaliste Arnaud Ruyssen :

En 2003, le Vlaams Blok avait décroché 18 sièges à la chambre mais n’avait pas été reçu par le Roi.

 En 2019, avec le même nombre de siège, le Vlaams Belang est reçu au palais.

 Entre-temps, le 1er parti du pays est devenu la NVA… qui ne souscrit pas au cordon sanitaire.

En politique, la question des frontières entre partis démocratiques et ceux qui ne le sont pas est légitime. Bien sûr, diront certains, tout cela est facile et tactique : déterminer qui est infréquentable permet évidemment de se définir soi-même comme fréquentable. Mais définir des frontières permet aussi de donner un cadre à l’action publique : non, on ne peut pas tout dire, tout faire. Oui, il y a des valeurs et des normes minimales à respecter – par exemple les droits humains. On peut regretter que le Roi reçoive le Vlaams Belang, mais il ne fait que tirer les leçons d’une situation dont il n’est pas responsable.

C’est l’obsession identitaire qui a animé les quatre années et demie de coalition fédérale sur les questions migratoires et sécuritaires.

C’est l’obsession identitaire qui a provoqué la chute du gouvernement sur le Pacte des Migrations, dans le but de donner une tonalité précise à la campagne électorale.

C’est l’obsession identitaire qui a en effet fourni le contexte de la campagne, mais sous les radars : pendant que la presse diffusait les images des marches des jeunes pour le climat, les webmasters du Vlaams Belang, eux, investissaient des millions d’euros sur Facebook en campagnes ciblées.

C’est l’obsession identitaire qui nous a menés là où nous sommes. Est-ce à dire qu’il ne faut pas parler d’identité, de migration, de qui nous sommes ou de qui nous voulons être ? Si, précisément ! Mais faisons-le posément, intelligemment, positivement. Sans rien céder sur les droits humains. Sans faire de cadeaux à l’extrême-droite, à l’intérieur comme en-dehors de l’hémicycle.

Le 20 juin 2019, les nouveaux députés fédéraux seront invités à prêter serment. Dont ma collègue Sophie Rohonyi et moi-même. Dont les 18 députés du Vlaams Belang.

Le 20 juin, par une coïncidence dont la politique belge est friande, est aussi la journée internationale des droits des réfugiés…

L’occasion de redémarrer sur de bonnes bases.

#21. Voilà, tout est entre vos mains…

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La campagne s’achève. Une aventure extraordinaire, extravagante, éreintante. Mais d’une richesse intellectuelle et humaine comme rarement vécues.

Je remercie d’ores et déjà toutes celles et ceux qui ont fait campagne avec moi – soit sur la même liste, soit sur les autres, soit dans l’ombre, en distribuant des tracts, en posant une affiche, en relayant un texte sur un réseau social. C’était, quoiqu’il arrive dimanche, une incroyable expérience de vie que de voir autant de volontés s’unir pour un même objectif.

Nous avons tenté de faire une campagne sérieuse, argumentée, chiffrée ; nous avons fait des programmes sérieux, élaborés – trop, peut-être diront certains, plus de 500 pages – parce que nous pensons qu’il faut être les plus clairs et transparents sur nos intentions. Ce n’est pas toujours facile ; de nombreux médias ont certes tenté de simplifier et de rendre lisibles les programmes, mais certains ont parfois aussi cédé aux sirènes du buzz en mettant en valeur les punchlines des uns ou les capacités des autres à se plier à des formats ultra courts et parfois plus proches du jeu télévisé que de la joute politique.

Nous avons tenté de rester en-dehors du bac à sable qu’est devenue cette campagne, en particulier sur sa fin, en concentrant l’essentiel de notre discours sur le fond de nos propositions. Et en ciblant nos adversaires seulement sur nos différences ou sur le flou parfois entretenu de leurs programmes (ou de leur absence de programmes), en restant corrects et en évitant toute attaque personnelle.

Nous avons défendu une version unique et non-équivoque de la laïcité, et ce sans varier de discours.

Nous nous sommes battus partout: sur les marchés, dans des débats, dans des récits littéraires, dans des interviews, sur le web, et dans des rencontres toutes simples avec de nombreux citoyens. Et ce, il faut le rappeler, avec moins de moyens que les partis classiques, et un accès plus restreint qu’eux aux grands médias.

Alors, au bout du compte, pourquoi voter pour DéFI ce dimanche ?

• Parce que DéFI est le parti du courage et des convictions, qui ne vend pas son âme pour gouverner, et respecte la parole donnée.
• Parce que Défi promeut l’équilibre et la justice, dans un monde qui en manque cruellement.
• Parce que DéFI veut aider ceux qui travaillent et se forment, mais souhaite aussi sortir de la précarité ceux qui s’y trouvent.
• Parce qu’à chaque fois que nous accédons aux responsabilités, nous en sortons avec un vrai bilan : c’est grâce à DéFI que le chômage, et en particulier le chômage des jeunes, a spectaculairement diminué dans notre Région.
• Parce que nous sommes une force résolument opposée aux poussées nationalistes et populistes qui gangrènent notre pays et notre continent.

Durant deux mois, j’ai développé une série de priorités sur ce blog de campagne. Je me permets de les citer ici :

Refinancer la Justice, délaissée depuis trop de temps
– Instaurer un véritable cours de citoyenneté, de philosophie et DES religions
– Mettre enfin en place une politique migratoire juste, qui protège les droits et gère la migration
Évaluer les réformes de l’État, et ne concevoir de nouvelle réforme que sur base des besoins et souhaits des citoyens
– Renforcer la lutte contre les discriminations
Lutter contre les violences faites aux femmes et promouvoir l’égalité
– Lancer un « traité de Rome » des énergies renouvelables
– Se doter d’une fiscalité plus juste
Réinvestir durablement dans les soins de santé

Dans des temps où le populisme engrange de plus en plus de succès, nous devrons, demain, constituer un rempart contre les simplismes et les tentations autoritaires. Plus que jamais, notre démocratie est fragilisée. Nous sommes une formation qui a la démocratie chevillée au corps. Et nous sommes les seuls à pouvoir promettre de nous opposer à tous les extrémismes, de gauche comme de droite, et à refuser demain toute alliance avec la N-VA.

L’équipe fédérale que DéFI vous propose pour ces élections est novatrice, issue de la société civile, et porte un projet fort, original et consistant. Justice fiscale, justice sociale, justice économique, justice migratoire, justice climatique : dans tous les domaines, nous serons les artisans de l’équilibre.

Entre ceux qui agitent les peurs et ceux qui promettent des lendemains gratuits et chantants, nous sommes la formation qui respectera les droits, développera l’économie et protégera les plus précarisés. Sans renoncer à nos valeurs.

Nous ne sommes pas parfaits ; mais notre équipe est authentique, sincère, et pourra faire la différence demain, avec votre soutien.

Tout est désormais entre vos mains.

#20. Rendre un avenir à ce pays

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A la veille du scrutin, j’entends de nombreuses inquiétudes se faire jour. Parviendrons-nous à former un gouvernement fédéral ? Les résultats des élections ne seront-ils pas si divergents qu’ils empêcheront toute coalition ?

Nous nous situons en effet à un tournant, qu’il faut pouvoir correctement négocier. La N-VA, et Bart De Wever en particulier, nous vendent depuis des années qu’il y aurait deux démocraties dans ce pays, et qu’elles auraient donc vocation à se séparer l’une de l’autre. Je fais une autre analyse : il y a une seule démocratie, mais deux opinions publiques différentes, qui ne se croisent plus suffisamment. Mais la question est : quelle direction prendre ? Continuons-nous le mouvement centrifuge consistant à nous séparer de plus en plus ? Ou commençons-nous, après avoir pris conscience des limites de l’éparpillement, à reconstruire des ponts ? C’est l’un des enjeux de ces élections.

Pendant les quatre années et demie de leur présence au Fédéral, les nationalistes ont entrepris d’affaiblir l’État. Certes, pas avec une réforme de l’État – ce « renoncement » étant le prix, finalement bien faible, offert au MR (tous les usuriers vous le diront : acheter du temps, c’est se faire avoir). Mais avec des coupes budgétaires dans une série de secteurs clef, une répartition de numéros INAMI défavorables aux francophones, un désinvestissement dans la Justice, un manque de soin apporté aux institutions fédérales bruxelloises, etc. Que l’État fédéral fonctionne de plus en plus laborieusement arrange bien un certain agenda, celui de la N-VA consistant à dire : « Regardez comme cela ne fonctionne plus, il faut régionaliser ».

Il y a heureusement d’autres voix qui se font entendre en Flandre. Partout dans le pays, des citoyens et des politiques commencent à se demander si on n’est pas allés trop loin dans l’écartèlement, et si un mouvement inverse ne se justifierait pas, à tout le moins dans certaines matières.

A titre personnel, après ces semaines de campagnes, et après avoir sillonné toute la Région et participé à de nombreux débats, j’identifie au moins quatre domaines dans lesquels l’éparpillement des compétences devient un véritable problème de bonne gestion :

  • Les soins de santé, et en particulier la prévention. Comme on me le faisait remarquer lors d’un débat sur le sujet, il est aujourd’hui plus difficile de faire un plan national contre le tabac que de voter une loi climat.
  • Les transports. Autour et dans Bruxelles, il est manifeste qu’un manque criant de coordination et de centralisation impacte notre vie à tous. On peut raisonnablement affirmer que dans un autre pays, il ne faudrait pas trente ans pour créer un RER, ni quinze ans pour construire quelques stations de métro.
  • Le climat. Les jeunes marcheurs en rue pour le climat, et singulièrement en Flandre, se promenaient avec des pancartes interrogeant l’utilité d’avoir quatre ministres du climat. De fait, cette division affaiblit la Belgique à l’international, et nous empêche de prendre les mesures nécessaires.
  • La migration. L’octroi du séjour est fédéral, alors que l’intégration appartient aux Régions. Cette division entre migration et intégration pose de vraies difficultés – personne ne peut réellement décider d’agir de manière proactive sur la migration économique, par exemple. Il nous faut réconcilier ces deux facettes.

DéFI a évidemment des racines communautaires, de défense des droits des francophones. Il continuera à défendre les droits des francophones en périphérie. Mais son ennemi n’est pas la Flandre, ni les Flamands – nous avons gouverné la Région bruxelloise avec nos amis néerlandophones sans difficultés, et nous sommes attachés à ce que les Flamands se sentent pleinement chez eux à Bruxelles. Nous sommes persuadés que ce pays se porterait mieux si tout le monde en parlait ses deux principales langues.

Notre ennemi, c’est le nationalisme, d’où qu’il vienne. Et il se trouve qu’il y a un nationalisme flamand à l’œuvre, qui n’a pour seul objectif que de mettre fin à ce pays, en le rendant ingouvernable.

A nous d’être les plus forts possible pour remettre à l’agenda le bon fonctionnement de ce pays. Dans notre projet Nova Carta, nous proposons une grande évaluation des réformes de l’État passées (quelqu’un peut-il sérieusement dire quelle a été la plus-value de la division en trois des allocations familiales et du code de la route, décidées dans la 6ème réforme ?), et une réflexion avec les citoyens sur l’avenir de notre pays. De notre point de vue, ce sera l’occasion de mettre sur la table le meilleur fonctionnement de notre État, sans tabou. De réformer l’État non plus sur base identitaire, mais sur le seul critère de l’efficacité. En ce compris en parlant de circonscription fédérale, de communauté métropolitaine, ou de refédéralisation de compétences si nécessaires.

Nous souhaitons que ce pays perdure et fonctionne, parce que nous considérons que la Belgique est une plus-value. Cela nous distingue des nationalistes depuis toujours, et ce sera encore le cas demain. A nous tous de choisir notre avenir et, au Nord comme au Sud, d’élire des constructeurs de ponts, et non des bâtisseurs de murs.

#19. Protéger les femmes, renforcer l’égalité

femmes

La législature qui s’achève n’a pas seulement été celle des attentats terroristes et de la crise migratoire ; elle a aussi été celle de #metoo, #balancetonporc et de la libération sans précédent de la parole des femmes vis-à-vis des agressions verbales, physiques ou sexuelles qu’elle subissent. En rue comme au sein de leurs foyers.

Le premier vrai coup de tonnerre, pour de nombreux hommes, fut sans doute bien plus tôt encore le documentaire « femmes de rue », de Sophie Peeters, dès 2012, montrant en caméra cachée les insultes qu’elle subit en rue de la part d’hommes inconnus, parfois en meute parfois seuls. Je l’avoue, et je suis sûr que je partage ceci avec de nombreux hommes : nous sommes très nombreux à avoir seulement réellement commencé à comprendre à ce moment-là combien l’espace public était différent pour les hommes et pour les femmes. Comment les femmes se trouvent contraintes de calculer infiniment plus que les hommes quelle tenue adopter ou quel chemin emprunter. Nous le soupçonnions ou ne voulions pas pleinement le voir.

Ensuite, la libération de la parole autour de #metoo a mis en exergue une quantité d’affaires plus ou moins enfouies.

La libération de la parole courageuse des femmes force toute la société à avancer. La sécurité des femmes s’est légitimement imposée à l’agenda. On se rendra compte rapidement que celle-ci ne concerne pas seulement des mesures matérielles, mais aussi un investissement dans un changement d’attitudes et de culture.

Bien sûr, de nombreuses mesures ont été prises. Mais d’évidence, la lutte doit être renforcée sur de nombreux plans. Le programme de DéFI comprend un important chapitre sur l’égalité entre hommes et femmes.

En matière de lutte contre les violences sexuelles :

  • Création d’un registre des délinquants sexuels
  • Interdiction de la médiation en cas de violences faites aux femmes (sauf en cas de demande de la victime)
  • Durcissement de la législation sur le viol
  • Création d’un centre d’expertise sur les violences faites aux femmes
  • Prise en considération des hommes victimes
  • Modification de la loi sur l’hébergement égalitaire afin de ne pas le privilégier en cas de violences intrafamiliales…
  • Mieux protéger contre le harcèlement sexuel en le considérant comme une forme de discrimination à inscrire dans la loi « genres » et non plus uniquement dans la loi sur le bien-être au travail.
  • Étendre la condamnation des gestes et comportements sexistes aux publicités sexistes.
  • Pérenniser et généraliser les centres d’accueil multidisciplinaires pour les victimes de violence sexuelle.
  • Inscription du féminicide dans le Code pénal
  • Dépénalisation totale de l’IVG

Autres mesures fortes sur l’égalité entre hommes et femmes :

  • Favoriser le lien entre le père et son enfant et lutter contre les discriminations à l’embauche envers les jeunes femmes en instaurant un « temps de parentalité » obligatoire de 15 semaines pour les deux parents, qui concernerait tant les salariés que les indépendants
  • Établir un mécanisme d’avances pour les pensions alimentaires impayées
  • Établir des labels « égalité salariale » délivrées aux entreprises respectant la loi

Enfin, la question du gender mainstreaming doit imprégner toutes les politiques, car la sécurité des femmes se trouve aussi dans des politiques autres, de l’enseignement à la mobilité en passant par l’urbanisme : concevoir un piétonnier ou une ligne de métro, par exemple, doit se faire en réfléchissant aussi à la place des femmes dans l’espace public.

Plus d’informations ? Voir notre programme.

#18. Intervention au meeting de clôture – Kanal – 18 mai

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Chers amis,

Quel symbole fort que nous soyons précisément ici, à Kanal. Nous sommes exactement sur une célèbre frontière, une frontière intérieure que les habitants de cette Région connaissent bien : celle du canal. De nombreux bruxellois ne la franchissent jamais. Ce canal symbolise la fracture de notre ville et de notre Région. Oui, reconnaissons-le, il y a plusieurs Bruxelles qui ne se croisent pas. Il y a des quartiers entiers qui restent cloîtrés. Tant au nord qu’au sud. Tant à l’est qu’à l’ouest. Et ce n’est pas sain.

Alors, face à ce constat il y a deux attitudes possibles. La première c’est d’y résigner, parce qu’on trouve que ce n’est pas grave, ou qu’on y trouve une forme d’intérêt. Parce que le chacun chez soi, voyez-vous, c’est parfois pratique. Il enferme dans des attitudes de vie, dans des habitudes de vote. Ça permet à une certaine droite d’attiser les replis et les petites haines, de ne jamais sortir de certains quartiers cossus. Ça permet à une certaine gauche d’entretenir les différences, de flatter les particularismes. Ça permet de développer des langages différents selon les communautés ou les quartiers où l’on se rend. C’est ainsi qu’on se retrouve à faire des tracts spécifiques à telle ou telle communauté. Mais surtout, cela permet aux uns et aux autres de se présenter comme des victimes, et de refuser de remettre en cause la division elle-même.

L’autre attitude c’est de considérer que cette fracture n’est pas normale. Que nous devons agir pour que Bruxelles soit davantage que l’addition de quartiers différents, et soit un melting pot réussi. Nous devons transformer notre multitude, notre diversité en véritable richesse. Nous ne pouvons le faire que si cette diversité se mélange, et ne reste pas dans des ghettos mutuels.

Et ça, ça doit être le sens de toutes nos politiques : communales, régionales, fédérale, européennes.

Chez DéFI, nous agissons précisément pour rassembler ce qui est séparé. Rassembler l’esprit d’entreprise et la solidarité. Rassembler les quartiers et tirer le meilleur de la diversité. C’est ce qu’a fait Bernard Clerfayt à Schaerbeek, lorsqu’il a sorti cette commune de son image délabrée et divisée pour en faire aujourd’hui un symbole de vivre ensemble réussi.

C’est ce qu’a fait Didier Gosuin, en ramenant le chômage de 20 à 15% à Bruxelles, et le chômage des jeunes de 31 à 21%. Parce que c’est en alliant économie, emploi et formation, c’est en offrant un véritable avenir à la jeunesse de cette Région que nous luttons le mieux contre le repli sur soi.

Et c’est ce que nous ferons demain à tous les niveaux. Rassembler, faire œuvre de justice sociale et économique. Attaquer les causes de cet éparpillement, et non transformer ses symptômes en symboles.

Il n’y a pas à choisir entre combattre le racisme et les replis identitaires : il faut faire les deux.

Il faut combattre le racisme et les discriminations, car elles empêchent une partie de notre jeunesse bruxelloise de vivre des vies épanouies, elles les privent d’opportunités. Il faut combattre les replis identitaires parce qu’ils minent le vivre ensemble. Et il faut aussi investir dans des projets positifs, qui construisent des ponts, comme le cours commun de philosophie, de citoyenneté et des religions.

C’est vrai que chez DéFI, dans cette campagne, on l’a joué un peu à l’ancienne : on a écrit des programmes. Et on a osé mettre dans nos programmes des mots dangereux comme laïcité, intégration, migration, vivre ensemble. Mais jamais avec des formules toutes faites ou des facilités. Chaque fois avec des solutions. Chaque fois en construisant des ponts entre les uns et les autres.

Au niveau fédéral, nos priorités sont connues.

Il est temps de refaire de la Justice le troisième pouvoir qu’elle devrait pleinement être, en la refinançant correctement et en permettant aux plus démunis d’y accéder facilement.

Il est temps de donner à notre pays une nouvelle impulsion sur le climat. Pas seulement par l’une ou l’autre taxe, mais aussi en prenant la tête d’une coalition climatique européenne qui mutualisera les énergies renouvelables au profit de tous.

Il est temps de doter enfin ce pays d’une politique migratoire digne de ce nom : une politique qui protège les droits de manière inconditionnelle, mais qui dans le même temps organise les migrations, ouvre le champ de la migration économique et lutte enfin efficacement contre les trafiquants d’êtres humains.

Il est temps de réparer notre démocratie sociale abîmée depuis ces dernières années, notamment en rétablissant la concertation avec le secteur des soins de santé et de lutte contre de la pauvreté. Et en inventant une nouvelle fiscalité qui soulage enfin le travail et mette à contribution tous les types de revenus.

Et puis, il est temps de réinventer notre démocratie. Il faut en finir avec ce cycle de réformes de l’État sans fin, basées sur des demandes irrationnelles. Évaluons les dernières réformes. En particulier, la dernière, la sixième, que nous jugeons en ce qui nous concerne plutôt catastrophique. Qui peut réellement démontrer quelle a été la plus-value d’avoir divisé les allocations familiales ou le code de la route en trois ?

Il faut changer de logique et ne plus accepter de réforme de l’État à l’avenir que sur base d’une discussion rationnelle : qu’est-ce qu’une réforme va apporter de bien aux habitants de notre pays ? C’est la seule question qui doit compter. Nous nous opposerons donc évidemment au confédéralisme de la N-VA, qui n’est qu’une formule creuse pour davantage de régionalisation sans fin et sans autre objectif que la fin du pays. Voyons rationnellement comment améliorer le fonctionnement de ce pays. Et profitons-nous pour impliquer largement les citoyens.

Chers amis, notre formation occupe un espace unique dans le champ politique. Je ressens que des citoyens de plus en plus nombreux comptent sur nous. Mais il arrive que certains encore nous interrogent sur notre positionnement sur l’échiquier. A titre personnel, mais je suppose que nous l’avons tous vécu, j’ai déjà vu DéFI se faire traiter de parti « de droite » par la gauche, et de parti « gauchiste » par la droite. Ça prouve que nous sommes exactement là où devons être.

Mais peut-être faut-il mieux rappeler ce qui nous distingue des autres formations politiques. Je vous propose un jeu. Le jeu des différences. Par exemple, qu’est-ce qui nous différencie du PS ? Très certainement, le rapport à l’État et à la chose publique. Il ne nous viendrait par exemple pas à l’idée, chez nous, de voter contre une levée d’immunité d’un de nos parlementaires avec l’aide de la N-VA contre l’avis de la justice, ou de permettre des constructions aussi aberrantes que Publifin.

Qu’est-ce qui nous différencie du cdH ? Très clairement, la laïcité, surtout quand il s’agit de lier la parole aux actes, comme on l’a vu sur le dossier de l’avortement, qui n’est toujours pas complètement dépénalisé. Mais ce qui nous distingue, c’est aussi une forme d’attitude : tel un habile caméléon survivant à tout, le cdH parvient toujours à prendre la couleur du parti le plus fort du moment. Nous, nous restons sur notre ligne, nous respectons les accords conclus, et nous ne bazardons pas trois gouvernements pour des questions d’alliance. Et tant pis pour les conséquences : au moins nous resterons nous-mêmes.

Qu’est-ce qui nous différencie d’Ecolo ? Sur la gouvernance, sur les droits humains, objectivement nous sommes proches. Mais il y a le reste. La différence entre DéFI et Ecolo, à vue de nez, c’est environ 476 pages de programme. Ecolo a fait un programme de 109 pages tout mouillé, qui rassemble de larges engagements mais très peu de précisions. C’est ce qui permet d’entretenir le flou. Ecolo est pour le métro mais contre son extension – même s’il ne faut pas le dire trop fort. Ils sont pour l’économie de marché libérale… surtout si elle n’est pas trop capitaliste. Et ils ont quelques positions sur le vivre ensemble, certes, mais qu’il ne faut pas mettre en avant, et surtout pas – quelle idée ! –  dans un programme électoral.

Et enfin, qu’est-ce qui nous différencie du MR ? Nous ne partageons plus vraiment le même libéralisme. Notre libéralisme privilégie les droits et les libertés sur tout le reste. Même sur le socio-économique. Même sur les coalitions. Il n’y a rien de moins libéral que de ré-enfermer des familles avec enfants ou de renvoyer des Soudanais vers un pays où ils risquent la torture. Mais surtout, il n’y a rien de moins libéral que de gouverner avec un parti nationaliste qui veut la fin de ce pays, d’en être fier et de vouloir sans honte recommencer à le faire. Alors bien sûr, ce n’est pas l’humanisme du MR qui est ici en cause. C’est un parti démocratique. Je ne pense pas que ses membres se soient levés un matin en se disant que c’était une bonne idée de faire des visites domiciliaires ou de donner des visas humanitaires à la tête du client. Mais sur ce domaine comme sur tant d’autres ils ont laissé faire la N-VA. Ils lui ont laissé tous les leviers régaliens, ils l’ont laissée affaiblir l’État fédéral notamment par ces coupes inacceptables dans les services publics et dans la justice, ils l’ont laissée ronger cet État fédéral de l’intérieur, peut-être même plus efficacement qu’une septième réforme de l’État. La faiblesse qu’ils ont eue hier, ils l’auront toujours demain. Il faut le dire ici, même si je n’ai aucun plaisir à le dire : chaque voix pour le MR est un pas vers la N-VA.

Chers amis, il nous reste une semaine. Et je pense que nous sentons bien que tout devient possible. Une semaine pour convaincre. Une semaine pour remettre cette région, ce pays, et pourquoi pas ce continent sur des rails clairement plus justes. Une semaine pour réconcilier notre pays avec lui-même. Une semaine pour abattre nos frontières intérieures. Une semaine pour emmener les habitants de Bruxelles, de Wallonie, de Flandre, de tout notre pays vers des horizons empreints de justice sociale, de justice fiscale, de justice climatique. Une semaine pour rassembler, pacifier et gagner autour de nos valeurs : liberté, égalité, laïcité et justice.

Bonne fin de campagne à tous !

#17. La santé ne doit pas devenir un luxe

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J’ai représenté coup sur coup Défi à deux débats portant sur notre système de santé, organisé par des organisations de praticiens ou de terrain.

Freud disait qu’il y a trois métiers impossibles : soigner, enseigner et gouverner, parce que dans ces trois domaines une part d’échec est inévitable, et qu’on en a jamais fini. Ce sont trois professions qui enregistrent des hauts taux de burn out.

Il est frappant de constater l’inquiétude du milieu médical pour la pérennité dus système de soins en Belgique, pourtant considéré comme l’un des meilleurs au monde. Sa pérennité et – surtout – son accessibilité.

Quelques constats :

  • environ 8 % des ménages belges déclarent avoir dû reporter des soins pour raisons financières – soins médicaux, chirurgie, soins dentaires, médicaments sur prescription, soins de santé mentale, lunettes ou lentilles de contact.
  • d’après une récente étude de CLIMACS, 56% des jeunes médecins travaillent plus de 60 heures/semaines et 56% estiment avoir déjà eu conscience, pendant un stage, de ne plus être en état de poser un diagnostic ou un acte clinique.
  • Le gouvernement a appliqué une logique comptable, rationnelle, et donc brutale dans ce secteur. Sa réforme des hôpitaux en bassins, si elle est certes compréhensible dans son esprit, a cruellement manqué de concertation.

 

Quelles sont nos propositions pour sauvegarder notre système de santé et améliorer son accessibilité ?

  • Supprimer le numerus closus d’agrément INAMI et gérer l’offre médicale de manière cohérente

Les délais d’attente pour parvenir à certains spécialistes augmentent.

Le lien entre nombre de médecins et coût de la médecine n’a jamais été clairement établi. En revanche il y a une corrélation entre le nombre de médecins et le coût du système de santé ; si le nombre de médecins diminue, le nombre de malades peut augmenter. Et une pénurie de médecins généralistes amène une augmentation du nombre de malades et donc des coûts. Et malgré cela, comment le gouvernement limite-t-il les dépenses ? En limitant le nombre de médecins. Avec en plus une base arbitraire de 60/40 sans cadastre. Dans notre philosophie, limiter l’offre médicale n’est justifiable que si on démontre que un grand nombre de médecins a un impact sur la qualité des soins. Ce qui intellectuellement pourrait se concevoir, par exemple s’il y a tellement de médecins qu’on n’arrive plus à se former, à rester au niveau, comme un pilote de ligne. Mais ce n’est pas du tout la situation actuelle.

Nous souhaitons aussi un cadastre des médecins mis à jour, l’affectation provisoire de numéros INAMI, aider au niveau régional l’installation de médecins généralistes dans les zones rurales, et aider les jeunes médecins en faisant respecter la loi réglementant le temps de travail.

  • Garantir l’accès à un poste médial de garde sur l’ensemble du territoire, qui sont très utiles en Wallonie dans les zones rurales

Couvrir tout le territoire (un poste pour environ 400.000 habitants – passés à 300.000 dans l’accord médico-mutualiste) en termes de postes médicaux de garde.

  • Diminuer le maximum à facturer en commençant par les revenus les plus faibles

Le maximum à facturer varie en fonction du revenu net imposable du ménage perçu 3 ans auparavant. Les mutualités tiennent à jour les frais médicaux de leurs membres. Si ces frais  dépassent le montant maximum de l’année en question, les mutualités les remboursent automatiquement, une fois par mois. Les affiliés n’ont rien à faire : le plafond applicable est fixé par un échange d’informations entre l’Inami, la mutualité et l’administration fiscale.

Voici les plafonds en vigueur en 2019 et les modifications que Défi entend y apporter :

Tranches de revenus Plafonds actuels Proposition de Défi
de 0,00 à 19.003,89 EUR 477,54 EUR 300,00 EUR
de 19.003,90 à 29.214,93 EUR 689,78 EUR 600, 00 EUR
de 29.214,94 à 39.426,00 EUR 1.061,20 EUR 1.000,00 EUR
de 39.426,01 à 49.211,59 EUR 1.485,68 EUR 1. 480, 00 EUR
dès 49.211,60 EUR 1.910,16 EUR 1.910,00 EUR

En dessous de 19.000 euros nets par an, les personnes ne devront donc plus payer de  ticket modérateur dès qu’elles atteindront 300 euros de dépenses par an.

En ce qui concerne les maladies chroniques, Défi souhaite ramener le plafond à 150,00 € pour les revenus les plus faibles ( en -dessous de 19.003,89 €). Pour les autres tranches de revenus, la réglementation actuelle resterait inchangée, à savoir : Le plafond est diminué de 100 EUR pour une année x si :

  • soit le total des parts des frais à charge (tickets modérateurs) d’un des membres du ménage s’élevait à 450 EUR (montant indexé)  au moins, par an, au cours des 2 années calendrier précédentes
  • soit un membre du ménage bénéficie du « statut affection chronique » pendant cette année x.

 

  • Développer une offre de soins et services à domicile suffisante, efficace et accessible, notamment grâce à une assurance dépendance. Privilégier le maintien du patient à domicile n’est pas une mesure budgétaire. C’est surtout la solution la plus appréciée du patient.  Certes, c’est souvent la solution la moins coûteuse, mais les économies qu’elle permet de réaliser dans le budget “Hospitalisation” doivent être réinvesties dans les soins à domicile.

 

  • Modifier certaines habitudes de prescription et de consommation, notamment par la vente de médicaments à l’unité ou le service de visiteurs médicaux indépendants.

 

  • Octroyer un statut social spécifique à l’aidant proche avec maintien des droits à la sécurité sociale durant toute la période de soins et prestations valorisées, notamment pour l’ouverture du droit à la pension.

 

  • Garantir un revenu propre à la personne en situation de handicap. C’est un droit individuel qui ne peut être subordonné aux revenus des parents ou du conjoint. Son montant doit être calculé sur la base du degré de handicap et des besoins spécifiques de la personne. Ce revenu propre, sous forme d’allocation unique, doit être complété par la garantie d’accès à des prestations d’assistance (budget d’assistance personnelle). Il ne s’agit pas là  d’un revenu supplémentaire pour la personne en situation de handicap, mais de la prise en charge de dépenses de prestations qui doivent être justifiées.

En savoir plus ? Allez voir notre programme !