32. Au travail!

Election à la présidence de DéFI – Discours du 1er décembre – Bruxelles

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

On a beau être supposé être capable de prononcer des discours, il est certaines occasions où l’émotion est forte et submerge. Je crois que je n’aurais jamais imaginé m’adresser à vous aujourd’hui.

Je suis infiniment reconnaissant de l’honneur que vous venez de me faire. Du risque que vous venez de prendre. La manière dont s’est menée cette campagne est symptomatique de ce que nous sommes. Oui, je viens d’arriver, d’accord. Oui, il n’y a qu’un an que je suis parmi vous. Et pourtant personne ne m’en a fait grief. Personne n’y a vu un problème. Je vous remercie pour votre confiance. Elle est forte, inouïe. Elle engage aussi.

Ce qui m’a toujours séduit chez DéFI, c’est l’impression d’avoir été accueilli dans une famille.

Dans une famille, une fois que vous êtes accueilli, on ne vous demande pas d’où vous venez, depuis combien de temps vous êtes là. Tout de suite, j’ai été accueilli avec générosité. Je pourrais parler d’Olivier, de Bernard, de Didier, de Michel, de Sophie, ou encore de Joëlle, de Manu, de Pascal ou de Michaël. Mais je pense aussi à Gisele, Shadi, Kenny, Christophe, Carine, Mélanie, Charles, Arsim, Rachid, Sarah, et tant d’autres militants sans mandat ni emploi pour DéfI, qui sont nombreux à faire bouger ce parti, et sans lesquels nous ne serions rien. J’ai été touché par le fait que vous veniez vers moi, me preniez en charge. Mes amis, cette journée, cette victoire sont aussi les vôtres.

Je pense à tous les militants qui ont fait confiance. Je pense à celles et ceux qui m’ont poussé, porté, soutenu depuis le début de cette aventure. Ma famille, ma compagne aussi, qui accepte tout ceci avec sa part de contraintes et d’obligations.

Je veux d’abord féliciter mes trois concurrents. Nous avons parcouru Bruxelles et la Wallonie durant un bon mois, ensemble. Nous avons mené un débat de bon niveau, bienveillant et convivial. Et nous avons appris à nous connaître.

Bravo à Julie, qui a porté la voix des femmes et de ses combats, parce que sans elle ce sujet n’aurait pas été abordé. Elle nous rappelle combien, même dans le premier parti à avoir élu une femme comme présidente, nous les hommes devrons aider, promouvoir nos collègues et leur laisser non pas « de » la place, mais leur juste place.

Bravo à Jean-Claude, qui a porté haut la devise des Ardennais « résiste et mords », qui a imposé à nos débats non seulement la courbe de Gauss, Jean-Louis Trintignant et la pyramide des talents, mais surtout les enjeux de la ruralité encore trop lointains de Bruxelles. Il a, avec courage et détermination animé cette campagne et mis en valeur l’ancrage wallon de notre parti.

Et puis, bien sûr à Christophe pour sa campagne, digne, solide et respectueuse, pour les valeurs de rigueur, de bonne gestion et d’ouverture qu’il a portées. Des compétences et un engagement qui seront nécessaires à l’avenir du parti. Parmi les trois phrases les plus entendues dans cette campagne, il y a celle-ci : « vous êtes complémentaires, vous devriez présider ensemble ». Eh bien, Christophe, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse : oui, j’ai besoin de toi, et le parti a besoin de toi. Aujourd’hui encore plus qu’hier, aucun président ne peut s’en sortir seul. Nous aurons besoin de toutes nos forces pour affronter les années qui viennent. J’ai trouvé certaines de tes idées meilleures que les miennes. Pas toutes, mais certaines. Et j’espère que nous pourrons les concrétiser ensemble.

L’un des leitmotivs de cette campagne, de la part des médias, c’est de nous demander : de quoi DéFI est-il le nom ? Quel est l’ADN de notre parti ? Avons-nous perdu notre âme de défenseurs des francophones en devenant DéFI ? Notre ligne est-elle réellement visible ?

Oui, nous sommes toujours francophones. Mais mieux que ça ; nous sommes les seuls à nous battre encore pour leurs droits là où ils sont mis en danger, comme en périphérie. Non, nous ne renonçons pas à réclamer le droit, pour les habitants des communes à facilités, de décider de leur sort. Non, plus largement, nous n’abandonnerons pas les francophones du Brabant lâchés par la sixième réforme de l’État.

Mais la juste question à poser est : comment assurer le mieux les droits et l’avenir des francophones demain ? Comme j’ai eu l’occasion de le dire, je pense que la meilleure manière de défendre les francophones est de sauver ce pays que nous aimons. C’est cela, la force d’avoir osé nommé DéFI avec le « F » de fédéralisme. Parce que c’est là, en Belgique, que les francophones veulent vivre. Ils ne veulent pas vivre en République flamande. Mais ils ne veulent pas non plus vivre dans un État Wallonie-Bruxelles constitué en réaction et en dépit face à la victoire supposée inéluctable du nationalisme flamand. Les francophones méritent de vivre en paix dans un pays stabilisé, sans avoir à négocier une réforme de l’État communautaire tous les cinq ans parce qu’une classe politique nationaliste fait carrière sur le dépècement progressif de ce pays. Ayons le cran de l’affirmer, sereinement et fermement.

Nous arrivons au point de rupture : non, nous ne diviserons pas les compétences régaliennes ou la sécurité sociale. L’heure est à l’efficacité. L’heure de renverser le sens des réformes et à investir dans l’État fédéral. L’heure d’enfin évaluer les réformes de l’État. Qu’on nous explique en quoi les gens vivent mieux parce qu’on a divisé les allocations familiales en trois. Qu’on nous explique comment nous parviendrons à lutter contre le réchauffement climatique avec quatre ministres du climat, qui ne parviennent même pas à s’accorder avant un conseil européen. Qu’on nous explique en quoi il est si formidable, pour le bien-être de nos citoyens, d’avoir six ministres compétents pour la prévention de la santé. Qu’on daigne voir que les compétences sont si éparpillées aujourd’hui, avec un tel niveau d’inefficacité, que nous sommes incapables de terminer un RER ou de construire un stade national. Que nous serions incapables d’accomplir le moindre projet d’envergure, telle une Exposition universelle. Cela suffit.

Il est temps de stopper ce nationalisme fou et de lui opposer la raison et la bonne gestion. Nous devons, mes amis, fédérer et convaincre encore quelques francophones ; en particulier ceux qui visiblement sont toujours prisonniers de la Suédoise, ceux qui souffrent toujours du syndrome de Stockholm, au point de continuer à vouloir faire gouverner mes nationalistes, après s’être pourtant fait piétiner consciencieusement durant 4 ans. Mais nous devons aussi aider les démocrates flamands. Je le dis une fois encore : notre ennemi n’est ni la Flandre, ni les Flamands. Notre seul ennemi c’est le nationalisme. Et nous devrons donc, plus qu’avant, parler, échanger avec nos amis du Nord, nouer des partenariats, faire fonctionner ce pays. Les flamands veulent un pays qui fonctionne. Les francophones aussi.

Nous avons montré, avec Sophie Rohonyi, que deux députés pouvaient suffire à animer un parlement et à faire la différence. Nous sommes là, nous faisons partie de la représentation nationale, et cela suffit pour apporter des solutions. Nous y consacrerons toute notre énergie et nos idées afin de contribuer à sortir ce pays de la crise. Il y a trop d’enjeux : le refinancement de la justice, une politique migratoire humaine et juste, la bataille de l’emploi et un déficit à plusieurs milliards. Il n’est plus temps d’attendre.

Oui, nous sommes des libéraux-sociaux. Ou des sociaux-libéraux, comme dirait Christophe. Nous n’avons pas besoin de créer de courant libéral et progressiste au sein de notre parti, parce que libéraux et progressistes, nous le sommes tous. Nous n’avons pas besoin de construire une chapelle, un refuge pour nos progressistes, parce qu’il n’y a pas, chez nous, de courant droitier et conservateur qui les domine et les submerge. Nous devons, demain, être « le » parti de l’émancipation et de la réussite sociale.

Oui, nous portions une écologie qui assume le libre marché et investi dans les nouvelles technologies. Une transition écologique à la fois déterminée et pragmatique. Une écologie qui n’a pas peur des mots « économie de marché », « laïcité » ou tout simplement « métro ».

Oui, nous sommes laïcs. Pas simplement demandeurs de neutralité, comme d’autres, mais bel et bien de laïcité. Une laïcité qui organise et apaise. Une laïcité qui permet aux croyants et non-croyants de vivre-ensemble. Une laïcité qui ne se réduit pas à autoriser ceci ou à interdire cela, mais qui prône à la fois le respect, la mixité, le mélange. Une laïcité, aussi, qui doit être portée constamment avec la lutte contre les discriminations dont souffrent nos concitoyens en raison d’une origine, d’une couleur de peau, ou de tout autre critère.

Nous pouvons regarder le chemin accompli avec une vraie fierté. Nous sommes aujourd’hui un parti généraliste ; et cela c’est la réussite d’une équipe, mais c’est la volonté d’un homme, et cet homme je veux le remercier publiquement : parmi les trois phrases que j’ai le plus entendues dans cette campagne, il y a celle-ci- : « Jeune homme, personne ne remplace Olivier Maingain. Au mieux, on lui succède ». C’est vrai. Et si tu as tant marqué tes troupes, Olivier, c’est que bien sûr, il en a fallu, du courage, tout au long de l’histoire de DéFI et du FDF. Mais le courage de partir au risque de tout perdre ; le courage de dire non, alors que tant de voix vous pressent de dire oui ; ce courage-là, il est beau, et l’aurait été même si le pari avait été perdu. Parce qu’il s’agit de choisir entre risquer de perdre, ou se perdre à coup sûr. Cher Olivier, je ne veux pas te flatter, parce qu’on va jaser et qu’après que certains se soient demandé si j’étais ton candidat, je ne voudrais pas que les mêmes se disent que tu écris mes discours ; mais je n’ai aucune honte à le dire : c’est le même courage de fermeté que j’ai pu voir lors de la crise des Soudanais, et qui m’a convaincu de faire un pas vers DéFI. Le même courage qui fait l’ADN de notre parti. Et si tu en as tenu la barre 25 ans, ce n’est pas à cause de ton talent oratoire, ce n’est pas à cause de la justesse de tes analyses, c’est grâce à ce courage-là.

Et c’est cela qui doit nous inspirer. Je l’ai dit, martelé durant cette campagne : notre ADN c’est d’être des pionniers. C’est d’oser être d’avant-garde. C’est une forme de courage.

Depuis 1964, dix fois on a annoncé la mort de ce parti. Et à chaque fois, pourtant, nous avons su nous réinventer.

Voici, chers amis, ce que je voudrais pour DéFI durant les trois années à venir.

Je voudrais que nous soyons fiers de porter les valeurs du libéralisme. Le vrai. Celui des Lumières et des droits fondamentaux. Ce libéralisme qui refuse toute concession, toute collaboration avec le nationalisme. Celui qui mobilise le travail, émancipe tout un chacun, lutte contre la pauvreté et la précarité.

Je voudrais un parti fort, et d’avant-garde. Je voudrais que les idées géniales qui animent la société de demain viennent de chez nous. Je veux que nous soyons à nouveau des précurseurs. Les chantiers de l’époque nous le permettent : réinventer la démocratie, réussir la transition écologique, réussir le défi de l’emploi et de la formation, éradiquer la pauvreté… Il faudra de toute façon de nouvelles solutions à ces problèmes. Les autres partis ne sont pas plus avancés que nous pour les trouver. Nous, nous avons des valeurs, des convictions, des militants. Nous avons l’oreille de la société civile. Nous pouvons porter la synthèse.

Je voudrais que nous dépassions nos individualismes. Que nos campagnes soient un peu moins une sorte de concours entre quelques candidats sur une même liste, comme si nous étions les bénéficiaires d’une rente à se diviser ; mais réellement un combat de tous contre les autres partis. Je voudrais qu’il y ait un peu moins de « Qu’est-ce que DéFI peut faire pour moi ? » et un peu plus de « Qu’est-ce que je peux faire pour DéFI ? ».

Je voudrais que la politique soit un modèle de bienveillance. Nous avons donné un bel exemple durant cette campagne, même la presse l’a reconnu. Je voudrais que nous partagions un tel état d’esprit partout. Mes amis, soyez durs sur les idées. Soyez fermes sur les principes. Soyez même impitoyables face aux compromissions. Mais soyez toujours respectueux des personnes. En toutes circonstances. La politique, c’est dur. C’est exigeant. C’est parfois mesquin. C’est souvent frustrant. Nous ne sommes jamais que des femmes et des hommes. Mais restons corrects, courtois, toujours. Rappelez-vous que même le pire de vos adversaires a une mère, un conjoint, des enfants qui souffrent pour lui.

Je voudrais que nous portions notre voix haut et fort partout en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles, et qu’il n’y a qu’un seul DéFI. Nous poursuivrons notre ancrage en Wallonie, nous sortirons de nos bastions à Bruxelles, nous réinvestirons en Flandre. Nous continuerons

Mes amis,

Je vais être franc avec vous : le plus dur est devant nous.

Jamais la société n’a été aussi divisée.

Jamais ce pays n’a connu une crise aussi dure – car, ayons le courage de le dire, oui, madame la Première Ministre, ceci est bel et bien une crise. Si nous ne parvenons pas à former un gouvernement fédéral, si la crise actuelle se traduit par un retour aux urnes, nous mettrons en danger l’avenir du pays.

Jamais les enjeux globaux comme le climat et la migration n’ont mobilisé autant de besoins de politique.

Jamais la précarité n’avait été aussi menaçante pour l’équilibre de notre pays.

Notre époque ne ressemble à aucune autre époque.

Mais notre parti ne ressemble à aucun autre parti.

Nous pouvons changer cette société. Mieux que personne, nous pouvons rassembler. Rassembler toutes celles, tous ceux qui souhaitent réussir la transition écologique sans perdre l’économie de marché. Toutes celles et ceux qui croient que la liberté d’entreprendre, le travail doivent être valorisés, et doivent permettre de sortir de la précarité les plus démunis de nos citoyens. Toutes celles et ceux qui croient que le libéralisme, le vrai, est incompatible avec toute forme de conservatisme et de nationalisme.

Si nous parvenons à rassembler sur cette base, si nous parvenons à convaincre, alors, mes amis, tout deviendra possible.

Nous devons changer, parce que le monde doit changer. Soyons le parti de l’espoir, du courage et du cœur. Soyons le parti qui réenchantera la politique.

Merci à tous, et au travail !

31. Climat et environnement : redevenir pionniers !

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DéFI a été un précurseur en matière de climat et d’environnement. Nous le rappelons trop peu souvent : en Région bruxelloise, ce sont des mandataires FDF qui ont, les premiers, mis en place des mesures qui nous paraissent aujourd’hui de bon sens : tri des déchets, lutte contre la pollution, lutte contre le survol, etc.

Aujourd’hui, la conscience écologique a imprégné toute la société, et aucune formation politique ne peut la négliger. Tout un chacun intègre le logiciel écologique ; mais des débats de nature politique vont subsister sur la manière d’en tenir compte. Ainsi, une partie du mouvement écologiste invite à ce que les politiques visant à sauver le climat prévalent de manière absolue sur toute autre considération, arguant que, comme l’enjeu est la sauvegarde de la planète et de l’espèce humaine, il est normal que toutes les autres priorités politiques s’effacent. Ce point de vue est très populaire parce qu’il est simple (comment ne pas céder la priorité vu l’enjeu ?), altruiste (il s’agit de penser le monde de demain, donc de ses enfants et petits-enfants) et binaire (la population, et ses jeunes en particulier, contre les politiques « qui ne font rien »).

Faire de la sauvegarde du climat une priorité fondamentale de toutes les politiques est indispensable, c’est entendu. Mais cela peut-il se faire au détriment de toutes les autres nécessités ? Cela pourrait-il par exemple se faire contre les pauvres et les démunis ? Cela doit-il se faire au risque de tuer la croissance économique et d’abolir le système de libre-échange ? Cela doit-il se faire au détriment de populations d’autres pays ? Par exemple, alors que le premier responsable des émanations de CO2 est l’isolation des habitations, serait-il raisonnable d’imposer du jour au lendemain leur isolation, alors que ce sont les plus démunis qui vivent dans les passoires énergétiques (et qui roulent dans les plus vieilles et polluantes des voitures) ? Bien sûr que non. Raison pour laquelle le terme de transition écologique s’est peu à peu imposé : sauver la planète, mais le faire sans casser la machine, en veillant à ce que les intérêts du plus grand nombre, et singulièrement des plus précarisés, soient sauvegardés.

DéFI doit encore beaucoup travailler sur ces sujets, et redevenir le pionnier qu’il était à ses débits. C’est de chez nous que doivent surgir les meilleures idées pour que demain nous réussissions cette transition. Je propose donc les balises suivantes :

  • La lutte contre le réchauffement climatique, et plus précisément les objectifs de la COP21 (Paris), doit être intégrée de manière transversale dans chaque politique ;
  • Nous pensons que cette lutte doit se faire dans le cadre de l’économie de marché, et que celui-ci doit être stimulé en ce sens ; non seulement en vue d’adapter sa production et ses activités de manière à ce qu’elles soient les plus vertes possible, mais aussi en innovant et en trouvant les avancées technologiques qui permettront d’atteindre ces objectifs ;
  • La question du nucléaire doit être posée sans tabou : s’il est possible de fermer nos centrales en 2025 comme prévu sans engendrer de nouvelles pollutions et sans nous rendre entièrement dépendants de l’étranger, cela doit être fait. Si ce n’est pas le cas, il faut pouvoir regarder en face toutes les options disponibles.
  • Il faut de toute façon un investissement massif dans les énergies renouvelables, notamment en réalisant le marché commun du renouvelable que nous proposions lors de la campagne 2019 ;
  • En matière d’isolation, tous les citoyens concernés doivent avoir l’opportunité d’isoler leurs logements sans se ruiner, selon une politique de primes et d’accompagnement adaptée
  • En matière de transports, la priorité doit aller au développement de moyens alternatifs ; sanctionner les comportements sans que ces modes n’existent serait contreproductif. Le développement de nouvelles lignes de métro à Bruxelles, par exemple, doit rester une priorité.

30. Laïcité : assumer et dialoguer

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DéFI est la seule formation politique à porter clairement l’enjeu de la laïcité. C’est aujourd’hui l’un de nos marqueurs forts. J’entends le conserver comme tel.

Nous le ferons :
– en travaillant à la mise en œuvre de notre programme en la matière
– en faisant de ce sujet l’un de nos débats à venir
– en discutant continuellement avec les minorités de notre pays
– en liant constamment ce sujet à la lutte contre les discriminations : nous lutterons contre les replis identitaires avec la même fermeté que nous luttons contre le racisme.

J’ai eu l’occasion de préciser ma pensée sur la question, dans un texte que vous trouverez ici.

Si je tente de résumer mon point de vue :

La liberté doit prévaloir comme principe premier : personne ne peut empêcher quiconque de s’habiller comme il le souhaite en rue tant qu’il/elle est identifiable. De même, les limitations de mise dans le monde du travail doivent se justifier par la nature du travail en question. Les étudiants de l’enseignement supérieur, de la même manière, ne devraient pas se voir poser de limitations.

– En revanche, il est légitime qu’une société se dote de sanctuaires de neutralité et de laïcité pour assurer la cohésion sociale. Les écoles de l’enseignement obligatoire et les administrations publiques devraient être des sanctuaires de neutralité et de laïcité.

– La lutte contre les discriminations, en particulier en matière d’emploi, doit être poursuivie et renforcée.

Il serait sage que ces sujets soient tranchés par les pouvoir concernés, après les consultations nécessaires. Et ce, de préférence, à bonne distance de toute campagne électorale. En ce qui me concerne, et en ce qui concerne DéFI, nos lignes sont claires. Elles ont été tenues lors des négociations bruxelloises, et nous sommes prêts à en débattre à tous les autres niveaux de pouvoir. Si nous souhaitons éviter que l’identité revienne tel un serpent de mer comme sujet électoral, dans des conversations de marché ou sur un tract caricatural, nous devons nous en emparer une bonne fois pour toutes.

Car ce qu’on fait de l’identité est un débat en soi, qui est constamment refoulé, au point que seuls les partis les plus populistes s’emparent de cette thématique, hélas de manière réductrice : c’est parce qu’elle n’envoie pas de message clair sur sa propre identité que la Belgique a autant de difficultés à définir ce qu’elle attend des nouveaux arrivants et à donner aux Belges d’origine étrangère toutes les chances de réussite – chances qu’elle est tenue de leur offrir. Prenons ce débat non comme une occasion de nous diviser, mais comme une formidable opportunité de définir qui nous sommes et quel pays nous souhaitons.

 

29. Devenir « le » parti de la justice et de la réussite sociale

DéFI est au centre de l’échiquier politique sur les thèmes socio-économiques : nous croyons à l’économie de marché, voulons aider celles et ceux qui travaillent, mais voulons aussi sauvegarder notre modèle social, aider les plus démunis, permettre à chacun de vivre une vie digne.

Malgré certaines améliorations, qu’il serait injuste de ne pas reconnaître, la situation économique de notre pays est très préoccupante.

  • Le nombre d’emplois créés a augmenté et le chômage a baissé. Cela, grâce aux actions combinées de plusieurs niveaux de pouvoir, au sein desquelles les actions de notre ministre DéFI Didier Gosuin, en ce qui concerne Bruxelles, ont été déterminantes. Mais il reste d’importants efforts à faire, singulièrement en termes d’adéquation entre les emplois disponibles et de formation. Cela doit rester notre priorité.
  • Un enseignement de qualité et mieux organisé doit rester une priorité essentielle.
  • Nous voulons lutter contre la précarité, qui prend des proportions alarmantes. La liberté ne sert à rien sans les moyens de l’exercer. La pauvreté a atteint des pics très inquiétants, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Je voudrais que ce soit l’une de nos grandes priorités.
  • Le système fiscal est et reste profondément injuste et inéquitable. Alors que nous sortons de cinq années d’une majorité de centre-droit, homogène sur ces questions, il n’y a pas eu de véritable « tax shift ». Le tax shift véritable aurait dû diminuer fortement l’impôt sur le travail et porter sur d’autres sources de revenus.

De manière générale, DéFI doit continuer à incarner la réussite sociale, axée sur le besoin de formation, de qualification, de création. Nous devons :

  • devenir le parti de la justice sociale et de la réussite : DéFI aux responsabilités en Région bruxelloise, à l’économie, l’emploi et la formation, cela s’est traduit par une baisse significative du chômage, et en particulier du chômage des jeunes. Il faut continuer sur cette lancée. Bien sûr, les enjeux varient selon les régions : à Bruxelles, c’est la qualification qui constitue le nœud du problème. Des emplois sont disponibles mais nos jeunes ne sont pas outillés pour y postuler. Nous devons mieux faire correspondre l’offre et la demande. En Wallonie, il faut sortir une série de régions de l’ornière, aider ceux qui travaillent.
  • Soutenir le tissu de PME et de petits indépendants qui constituent la principale force économique en Wallonie et à Bruxelles.
  • Lutter contre la pauvreté, la précarité, à tous niveaux. Les mesures sociales et fiscales qui étaient dans nos programmes, lors des dernières élections, constituent toujours des propositions utiles et nécessaires.
  • Sur le plan fiscal, rétablir davantage de justice, en continuant à porter les mesures qui ont animé notre campagne électorale en termes d’une véritable justice fiscale, à savoir :

1) Alléger de manière majeure la fiscalité sur les revenus du travail via le relèvement de la quotité exemptée d’impôts jusque 13.670 euros, c’est-à-dire le seuil de pauvreté ; et le soulagement des niveaux de revenus bas et moyens par le passage de 4 à 6 tranches d’imposition, de manière à obtenir un impôt plus progressif et plus juste ;
2) faire disparaître progressivement les niches fiscales ayant perverti le système, tel que les voitures de société ou les intérêts notionnels ;
3) renforcer la lutte contre la grande fraude fiscale ;
4) instaurer une taxe d’au moins 3% sur les GAFA ;
5) créer une taxe sur les transactions financières ;
6) instaurer une taxation juste, globale et progressive des revenus du patrimoine.

  • poursuivre la lutte contre les discriminations qui minent encore certains milieux, en particulier à Bruxelles.
  • accompagner la transition climatique pour qu’elle puisse se réaliser sans gripper la machine économique ni se réaliser au détriment des plus pauvres.

28. Reprendre le flambeau du libéralisme

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Le libéralisme est en soi une belle et noble philosophie. Issu des Lumières, il est basé sur l’émancipation de l’individu, indissociable des libertés publiques. Il est par nature incompatible avec le nationalisme. Il valorise l’esprit d’entreprendre et le travail. Il va de pair avec la solidarité : produire de la richesse doit servir à compenser les inégalités.

A ce titre : oui, nous sommes des libéraux, au sens authentique du terme. Assumons-le. Il n’est même pas besoin de préciser que nous sommes libéraux « sociaux » puisque le libéralisme, le vrai, est par nature intrinsèquement social.

Pourtant, depuis plusieurs décennies, le libéralisme a mauvaise presse, pour de bonnes raisons. Le libre-échange, c’est indéniable, a été dévoyé en capitalisme financier. Si les richesses s’accroissent globalement, les inégalités ont quant à elle explosé, au point de provoquer des écarts de rémunérations, de chances de vie qui ne sont plus tolérables, et qui ne peuvent se résoudre par une mondialisation non-régulée.

De nombreux courants s’affirmant « libéraux » sont en réalité, aujourd’hui, néolibéraux et conservateurs – et ce malgré la mobilisation ponctuelle d’un discours centriste lorsque besoin en est. Certains « libéraux » estiment même acceptable de gouverner avec des forces nationalistes et populistes, au point hélas, à plusieurs occasions, de cautionner certaines atteintes portées aux libertés publiques et aux droits fondamentaux. Le courant conservateur et néolibéral a évidemment droit de cité dans notre vie politique ; mais il est de notre devoir de nous élever lorsqu’il tente de se faire passer pour plus libéral qu’il ne l’est.

Entre ceux qui veulent perpétuer la mainmise de la finance, et ceux qui rêvent d’illusoires tables rases nous disons que :

  • Le principe de l’économie de marché est positif ; il constitue à ce jour le modèle le plus apte à créer de la richesse et à la redistribuer. DéFI continuera à soutenir ceux qui produisent de l’activité, en particulier les PME et les indépendants, tissu premier de notre économie.
  • En revanche, chacun peut constater les dégâts que produit une mondialisation dérégulée. Il faut réguler ce capitalisme, le remettre sur des rails vertueux.
  • Il ne peut être question de se revendiquer « libéral » dès qu’on s’allie avec des forces incarnant le repli identitaire, nationaliste et xénophobe, même avec le plus libéral des programmes économiques.
  • Le libéralisme implique une ouverture progressiste sur les matières éthiques et de mœurs. Il est, par exemple, profondément contradictoire de se revendiquer libéral et de laisser la liberté de vote à ses mandataires sur les matières éthiques. Le libéralisme va de pair avec une des avancées décisives en matière éthiques, comme le droit à l’avortement ou l’euthanasie.

27. « F » comme Fédéralistes

fédéralisme

Lorsque les FDF sont devenus DéFI, un choix audacieux a été fait : affirmer le fédéralisme comme un principe phare du parti. « F » comme Fédéralistes, et non plus « F » comme francophones. C’était un acte courageux, nécessaire, et qui prend tout son sens aujourd’hui. Revenir dessus constituerait un retour en arrière frileux et dommageable.

Car francophones, oui, nous le sommes. Tout le monde le sait, tout le monde en convient, toute le monde connaît notre histoire. Il n’est nul besoin de le préciser.

La question pertinente, pour les francophones de ce pays, est de voir comment leurs droits et leur avenir seront le mieux garantis. Et là où cette question pouvait trouver hier, une réponse dans le fait régional (Bruxelles devait se transformer en région, car son autonomie lui permet d’être mieux gérée), je formule l’hypothèse qu’aujourd’hui, c’est au niveau fédéral que les droits des francophones doivent le plus être affirmés.

L’attachement et la défense du modèle fédéral, et la nécessité de le faire fonctionner, constituent la meilleure manière, aujourd’hui, de défendre les intérêts des francophones. DéFI doit rester un parti fédéraliste, demandeur d’une Belgique fédérale efficace. Il nous faut, dans cette période décisive, préciser notre vision institutionnelle. Et ce, en cessant d’être dans un mouvement d’imitation ou de réaction vis-à-vis des poussées régionalistes ou nationalistes flamandes. Nous n’avons pas à nous créer en « nation francophone » parce qu’une nation flamande se crée en face de nous. Nous avons à choisir notre propre destin selon nos besoins, envies et intérêts – en ce compris si ces besoins et ces intérêts nécessitent un réinvestissement fort dans l’échelon fédéral. Et cela nécessite de travailler en même temps dans deux directions :

  • D’une part, défendre, améliorer voire doper le fédéralisme belge, et singulièrement cet « homme malade » qu’est aujourd’hui l’État fédéral. La première nation des Belges francophones, c’est la Belgique elle-même. Prenons-en soin. Nous voulons des francophones forts, des Régions et Communautés fortes, dans une Belgique forte. Or notre pays est rongé par une poussée nationaliste dopée par un discours anti-establishment et populiste, en face duquel les voix francophones sont bien faibles. Il nous faut reprendre la maîtrise de l’agenda, et amener nos amis flamands à choisir définitivement entre un vivre-ensemble efficace pour tous, avec nous, ou l’aventure nationaliste assumée dans ses fins indépendantistes. Un bloc nationaliste flamand fait carrière politique depuis des décennies sur le dépeçage progressif de ce pays. Il est temps pour eux de choisir de manière claire. Nous avons tous – wallons, flamands, bruxellois – le droit d’avoir des institutions efficaces et stables.
  • D’autre part, il est temps de mettre à plat les institutions francophones entre nous, et les rendre pleinement efficaces. Elles sont aujourd’hui nombreuses, clivées, divisées, peu lisibles et leur efficacité n’est pas optimale

    A cette fin :

  • Au niveau fédéral, nous continuerons à tracer les axes d’une politique basée sur l’efficacité et non sur l’identité. C’est le projet Nova Carta, consistant à défendre l’idée d’une réforme de l’État pour 2024 axée sur une répartition des compétences qui soit homogène et qui fonctionne.
  • Nous devrons proposer aux autres formations francophones un agenda commun, et répondre positivement aux invitations qui nous seraient faites en ce sens

–  se rassembler autour d’un même projet fédéral, qui ne se contente pas de rejeter de manière stérile les demandes de réforme du Nord du pays, mais qui s’organise pour une réforme future sur base de l’efficacité, et qui préserve et renforce les intérêts des Francophones (wallons, bruxellois et de la périphérie).

mettre de l’ordre dans nos institutions francophones, notamment sur base du travail que réalisera l’agent de liaison. A l’évidence un certain nombre de rationalisations pourraient être entreprises. Certains secteurs, en particulier socio-économiques, ne se parlent pas suffisamment entre les Régions.

26. « D » comme démocrates: revivifier la démocratie

demos

L’élection du nouveau/de la nouvelle président(e) de DéFI se tiendra le 1er décembre prochain. Comme annoncé, je déploie ici les éléments essentiels de mon programme. Aujourd’hui; « D » comme Démocrates.

« D » comme démocrates : revivifier la démocratie

Après 70 ans, le modèle démocratique est mis en péril un peu partout. La distance entre les élus et les citoyens a pris des proportions inquiétantes. Élection après élection, les partis populistes et nationalistes rencontrent un succès grandissant. Les démocrates semblent démunis face à ce constat : que faire face à des partis et des personnalités jouant à ce point la carte du simplisme, de l’identitaire, et de réponses binaires à des questions complexes, tels que l’environnement, la migration, l’avenir de notre protection sociale ? Devons-nous être aussi populistes que les autres, ou parier sur l’intelligence des citoyens ?

Il me semble que la deuxième solution est la seule acceptable et envisageable. Si nous pouvons certes simplifier et vulgariser notre message (on y reviendra), il ne peut être question de s’abaisser aux mêmes simplismes que les populistes. Nous refuserons toujours, d’opposer entre eux une partie de la population contre une autre. Nous refuserons toujours la logique des boucs-émissaires.

Mais cela ne suffira pas. Il faut reconnaître que nos modes démocratiques vivent une crise de légitimité. Cette crise de gouvernance s’imposera bientôt à tous les agendas, car elle constitue la clef de résolution de toutes les autres problématiques que nous connaissons et qui réclament des décisions fortes : climat, migration, emploi, pauvreté, etc. Réparer la démocratie, c’est investir dans les leviers de résolution de nos problèmes.

 

  •  DéFI tient à la démocratie représentative, aussi imparfaite soit-elle. Celles et ceux qui appellent à faire table rase et remplacer entièrement le système représentatif par de nouveaux modes de gouvernance (tirage au sort, assemblées citoyennes) font fausse route, et éludent que, au-delà de ses défauts, ce système représentatif nous protège. La politique doit retrouver ses lettres de noblesse.

 

  • En revanche, ces nouveaux modes démocratiques peuvent compléter le système actuel : référendum d’initiative citoyenne, panels citoyens avec tirage au sort de volontaires… Il nous faut investir dans les nouvelles formes de démocratie, complémentaires à la démocratie représentative. DéFI doit se placer à l’avant-centre de ces sujets et faire lien avec la société civile. Ce que nous avons appelé « Nova Carta » durant la dernière campagne électorale en constitue l’une des illustrations : rassemblons les bonnes volontés afin, demain, de faire une ultime réforme de l’État axée non sur des revendications identitaires ou nationalistes, mais sur le seul et unique critère d’efficacité. Ce projet incluait le recours à des panels citoyens pour dessiner ensemble la Belgique de demain. Nous devons continuer à être à l’avant-plan de ces formes complémentaires de démocratie, à tous les niveaux de pouvoir (communal, régional, fédéral).

 

  • Nous déposerons d’ailleurs prochainement, à la Chambre, une demande de création de commission spéciale pour réaliser ce projet. cette commission aura la tâche d’évaluer les politiques publiques menées par l’État fédéral, les Communautés et les Régions, en exécution des six réformes de l’État. Ensuite, dessiner les contours d’une éventuelle réforme de l’État rationnelle et citoyenne à l’horizon 2024« . Le texte prévoit en outre des consultations des « forces vives de la nation » et des citoyens. De manière incontestable, la fédération belge telle que façonnée au fil des six réformes est dysfonctionnelle. Elle porte en germes les risques d’un basculement institutionnel qui impose la détermination d’un bilan objectif de toutes ces réformes. Plus question de transférer des compétences au terme d’obscures négociations. Tout transfert doit être soutenu par une rationalité objective au regard de l’efficacité et du bien public. Cette commission aurait un double rôle : évaluer les réformes successives et jeter les bases d’une nouvelle réforme de l’État axée sur le pragmatisme.

 

  • Nous devons également poursuivre nos efforts pour rester « la » référence politique sur la bonne gouvernance. Nous avons de toute évidence des clarifications ou des précisions à apporter sur ces questions : cumul, indemnités, etc., afin de ne pas pouvoir être pris en défaut, et de pouvoir œuvrer à retisser la confiance du grand public envers le monde politique.